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Nouvelles des membres - Bulletins l'Info-SARTEC - Entrevues | April 14, 2013

Regards sur les documentaires

Par Mathieu Plante

La 31e édition du FIFA s'est déroulée à Montréal du 14 au 24 mars derniers. Non, pas la Fédération internationale de Football, l'autre FIFA. Celui qui se fait sans ballon ni cartons jaunes : le Festival international du film sur l'art. Vous dire le plaisir que j'ai eu à poser des questions à cinq créateurs de documentaires qui participaient à ce grand événement serait largement insuffisant. Je vous propose donc de lire vous-même leurs réponses...

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  • Pascal Gélinas : Huguette Oligny, le goût de vivre

    J'ai d'abord contacté Pascal Gélinas pour qu'il me parle de son nouveau film : Huguette Oligny, le goût de vivre.

    D'abord Pascal, peux-tu me dire comment va Huguette? J'ai appris qu'elle ne filait pas depuis une semaine ou deux.

    Pascal GélinasEn fait, elle est entrée à l'hôpital le 10 mars parce qu'elle faisait une infection et un peu de fièvre. Je vais la voir tous les jours pour la faire dîner. Comme elle le dit elle-même, son tonus est de plus en plus bas. Mais si tout va bien, il est possible qu'elle retourne à sa résidence bientôt. Donc mon film, c'était vraiment un film de la dernière chance, je pourrais plus le faire aujourd'hui. Il s'est fait sur une glace très mince qui aurait pu céder à tout moment.

    Se concentrer plus sur la personne d'Huguette Oligny que sur sa carrière, c'était volontaire dès le départ?

    Tout à fait. Ça faisait quelques années que j'avais pas vu Huguette et je suis allé la voir à l'Institut de gériatrie en face de l'Oratoire. J'ai été surpris de voir qu'elle avait beaucoup changé. Plus jeune, c'était une femme assez prime qui pouvait pogner les nerfs facilement et engueuler quelqu'un. C'était une femme fière aussi. Alors que maintenant, c'est complètement autre chose. Elle est devenue douce, fragile et sereine. Elle n'a plus d'autocensure, comme un enfant, mais avec cette conscience de quelqu'un qui a vécu longtemps. Elle est maintenant plus transparente, elle n'a plus d'image à défendre. Notre sentiment mutuel s'est amplifié, on s'aime beaucoup. C'est un peu devenu ma mère.

    Et je me suis demandé si ce miracle-là pouvait être possible devant une caméra? Pour elle, ça ne faisait strictement aucune différence. Elle était très contente qu'on se voie plus souvent et elle oubliait qu'il y avait une caméra dans la pièce.

    Elle a beaucoup de charisme, elle dit des choses fortes. Les acteurs sont des gens qui ont pris la parole toute leur vie. Ça me touche à chaque fois de sentir la précision des mots et la force des images de cette génération d'acteurs. Ce sont des gens qui ont appris la langue française dans un contexte bien différent du nôtre. C'est un patrimoine qu'il est très utile de filmer.

    Même si tu la connais très bien, est-ce qu'elle te réservait encore des surprises lors du tournage?

    Oui, il est évident que j'ai appris un tas de choses, notamment sur sa mère et sur son père. Aussi sur cet amour d'André Mathieu qu'elle n'a pas partagé parce qu'il était beaucoup plus jeune qu'elle et qu'il buvait beaucoup. Et comme elle le disait elle-même : « Quand il buvait, il était imbuvable! » (Rires)

    J'ai mieux compris aussi le contexte de la séparation d'avec ses enfants. Son premier mari s'est sauvé avec les enfants et elle s'est complètement sacrifiée. Elle ne les a pas revus pendant des années. Quand j'étais dans la vingtaine, elle m'a dit qu'elle aurait aimé avoir un enfant avec mon père (Gratien Gélinas), mais c'était une révélation très fugace. C'est en lisant sa biographie des années plus tard que j'ai compris qu'elle et Gratien avaient été amoureux l'un de l'autre des années auparavant. En fait, ils se sont connus l'année de ma naissance, en 1946, quand ils ont joué ensemble. Mais Huguette ne parle pas beaucoup de Gratien, elle n'est pas à l'aise de parler de ça. Même dans le film que j'ai fait sur mon père, jamais j'ai pu lui faire dire : « Oui, j'ai aimé cet homme. » C'est très bizarre. Pourtant, ils se sont aimés, c'est clair.

    Mais c'est surtout son amour de la vie qui est vraiment étonnant dans le film. Comment quelqu'un qui a un pied dans la tombe peut apprécier la vie à ce point-là?

    Le film va être présenté en double programme au Beaubien, j'imagine avec le documentaire que t'as fait sur ton père Gratien Gélinas?

    Non, non. Il va être présenté avec le film sur Gilles Pelletier que j'ai fait il y a quelques années.

     
  • Geneviève Rioux : Crée-moi, crée moi pas

    D'après une idée originale de Geneviève Rioux, le documentaire Crée-moi, crée-moi pas a été écrit avec Marie-Pascale Laurencelle, avec la collaboration de la scénariste Halima Elkhatabi.

    Geneviève, l'écriture, c'est quelque chose que tu veux faire depuis longtemps?

    Oh, oui. Quand j'étais petite, j'écrivais des histoires, des petits romans que j'illustrais. À l'adolescence, j'ai connu le théâtre et ça m'a vraiment fait sortir de ma timidité. J'ai embarqué dans cette carrière qui m'a donné beaucoup de travail, je me suis donc plus trop posé la question. Mais mon premier amour, c'était vraiment d'écrire et de dessiner. J'étais aussi une grande lectrice.

    Le film est ton idée de départ. J'imagine qu'elle te trottait dans la tête depuis longtemps? J'ai lu que l'essence du projet était là quand tu jouais Clitemnestre dans la pièce les Grecques.

    Tout à fait. Dans les loges avec les autres comédiennes, on se parlait d'affaires tellement triviales. Dans la journée, tu vas t'entraîner, t'apprends un peu ton texte, tu vas chercher tes enfants, tu t'occupes de la bouffe et de faire les devoirs. Et le soir, c'est comme une autre journée qui commence. T'arrives au théâtre en panique à 7 heures parce que tu joues à 8 heures. Alors entre filles on se parlait de tout ça dans notre loge : mon chum est arrivé en retard, ma fille a la grippe, etc.

    Et tout à coup, ça devenait plus silencieux. Pour Les Grecques, on avait du maquillage blanc et bleu, c'était très théâtral. On réchauffe notre voix, on va en coulisse, on entend le public, la musique. C'est le cérémonial du théâtre qui commence et là t'es dedans. Dans cette pièce, je complotais pour tuer mon mari qui avait assassiné nos filles. C'était une pièce très demandante. Et après le spectacle, on prenait une petite bière, on jasait et on rentrait à la maison voir nos enfants, leur donner un petit bec, s'assurer que tout est beau. C'est vraiment une drôle de vie.

    Alors, je me suis dit que c'était peut-être un sujet intéressant pour un documentaire, que ça n'avait pas été fait. Je me suis donc mise à regarder plein de films sur les arts et à regarder tout ce qui s'est fait en fiction sur des femmes créatrices. Et là je me suis aperçue que l'image des femmes était terrible. Frida Kahlo, Camille Claudel, Silvia Platt, Virginia Wolfe. C'est des femmes qui ont eu des vies tragiques. Encore il y a trente ans, quand une jeune fille disait à ses parents vouloir devenir artiste, dans leur tête c'était un destin qui finit tout le temps mal. Une vie de tristesse et de pauvreté.

    J'ai fait beaucoup de recherche et j'ai lu plein de choses, dont Nancy Huston que je connaissais déjà. Elle a été la plus prolifique dans ce sujet-là. J'avais de la misère à trouver un angle pour mon documentaire et les écrits de Nancy Huston m'ont permis de bien le structurer. Son roman La Virevolte, c'est l'histoire d'une femme qui est danseuse et chorégraphe avec deux enfants et elle sent qu'elle est en train de passer à côté de sa vie. Une de ses deux filles est très difficile, ça la draine beaucoup et elle décide de partir, d'abandonner sa famille pour partir danser avec sa troupe. Ça m'avait fait mal de lire ça, ça m'a vraiment rentré dedans. Je sentais un grand malaise. Il y a peu de romans qui m'ont fait autant d'effet. Mais en même temps je me disais ça se peut, si tu penses que t'es peut-être pas la meilleure personne pour élever tes enfants, t'as le droit de partir.

    Et c'était important pour toi d'avoir aussi un certain point de vue masculin sur la question? (Robert Lepage, Daniel Brière, René Richard-Cyr)

    Oui, on voulait qu'il y ait des gars. Parce qu'en fin de compte, c'est avec eux qu'on les fait nos enfants. (Rires) On voulait des points de vue d'hommes qu'on admire et qui ont quelque chose à dire. On a donc demandé à ces trois gars qui ont beaucoup de talent et qui sont très articulés. Je suis très contente de ce qu'ils ont amené.

    Ça va plutôt mal pour le documentaire unique depuis quelques années. Est-ce que ç’a été un film difficile à financer et produire?

    Je suis très consciente que la situation est difficile. Pour nous, ç’a été long, mais c'est une belle histoire. Je considère que j'ai eu beaucoup de chance. J'ai fait trois rencontres importantes.  D'abord Marie-Pascale (Laurencelle). J'étais au comité des femmes de l'UDA et elle était aux Réalisatrices équitables et ils sont venus nous présenter les chiffres de l'industrie à propos des femmes. Et ç’a été comme un coup de foudre d'amitié. Je me suis dit : « Wow, c'est qui cette fille-là? » et je lui ai tout de suite parlé de mon projet. Marie-Pascale a une grande fille qu'elle a eue très tôt et une fille plus petite. Elle m'a tout de suite dit qu'elle croyait au projet et qu'elle connaissait bien ce sujet-là. Elle m'a dit : « On va aller voir ma productrice. »

    Et c'était Marie-France Bazzo. J'étais ravie parce que je considère que c'est une des plus grandes communicatrices qu'on a au Québec, elle est à la fois intelligente et divertissante. C'est elle qui a eu l'idée de me mettre dans le film. Alors, on a retravaillé le projet dans ce sens-là et on a aussi changé beaucoup de nos intervenantes en cours de route. La troisième personne-clé, ç’a été Martin Roy, le directeur de la programmation à Télé-Québec. Il a aimé le projet et il l'a gardé sur son bureau pendant un certain temps et quand une enveloppe s'est libérée, il nous a dit que c'était pour nous. Mais c'est un long processus, j'ai commencé en 2007 et le film est sorti en 2013. Je pensais même pas que j'avais cette patience-là.

    Il y a deux mondes entre ce que Virginia Wolfe appelle « la chambre à soi » (un endroit pour travailler en paix) et Évelyne de la Chenelière qui travaille dans le couloir avec ses enfants qui jouent juste à côté d'elle. Est-ce que pour toi ça dépend simplement des tempéraments?

    Oui, je pense. Mais je crois qu'Évelyne est assez remarquable, parce que la plupart des artistes à qui je parle ont besoin d'un lieu à part. Moi aussi d'ailleurs. Mon chum et moi, on a un petit bureau à l'extérieur. On serait pas capables autrement. C'est vraiment le fun, parce qu'après ça tu reviens et t'es content de te retrouver à la maison. Mais Évelyne et son chum Daniel Brière sont vraiment exceptionnels. Ils réussissent à travailler et ils ont quatre enfants.

     
  • Helen Doyle : Dans un océan d'images

    Helen Doyle n'en est pas à son premier documentaire. Voici ce qu'elle avait à nous dire à propos de son tout dernier : Dans un océan d'images.

    D'où est venue l'idée pour ce documentaire, Helen?

    D'abord, je suis vraiment une amoureuse de la photographie. En 1997, j'ai fait Le Rendez-vous de Sarayevo sur la guerre en Yougoslavie. Puis j'ai fait Les Messagers avec Nathalie Barton. C'était un film qui questionnait l'engagement des artistes, mais sans aucun artiste de l'image. Entre temps je suis allée voir plein d'expositions de photos parce que j'adore ça. Et l'idée a germé comme ça, tranquillement. Je voulais faire un film sur les images que les photographes prennent après que la guerre soit finie, au moment où les journalistes sont partis et les images sont moins sensationnelles. Mais la guerre continue. Alors, ça a pris du temps. Comme quoi souvent les films, c'est des longues histoires de cogitation.

    Vous avez fait le tour du monde. Est-ce que le tournage a été difficile?

    Il y a toujours le film rêvé et le film qu'on peut finalement faire. Même si je suis très contente du film, on aimerait toujours avoir plus de temps, plus de moyens. À ce niveau, on est tous pareils, je pense. Ce qui a pas été évident, c'est le laps de temps entre la recherche et le tournage. On établit des contacts et on les retrouve des fois trois ou quatre ans plus tard. Et comme les photographes c'est des gens qui bougent vite et dont le travail est très intense, il faut avoir établi un contact très solide dès le départ sinon, ça peut pas se passer.

     

    On sait que ça va mal en ce moment pour les documentaires uniques, est-ce que le film a été difficile à financer, à produire?

    On a fait un dépôt à la Sodec en 2008 dans la case développement des réalisateurs et des scénaristes. À l'époque, le film s'appelait Rapporteur d'images. Et comme j'avais déjà quelques films derrière la cravate, je savais que j'avais assez de matériel, qu'il y avait de quoi faire un long métrage avec cette idée. Et comme c'était un film international, il y avait peut-être une chance pour la coproduction. Mais même si je suis scénariste, réalisatrice et productrice, c'était trop gros pour moi. Je suis donc retourné voir la boîte de production InformAction avec qui j'avais fait Les Messagers et ils ont repris le flambeau. On a complété la recherche et la scénarisation. Ça a pris à peu près un an.

    On est ensuite parti à la recherche de sous. Radio-Canada a une fenêtre pour le long métrage documentaire. On en a donc profité. C'est un programme qu'on a très peur de voir mourir. Ces pour des longs métrages destinés en salle en premier et ensuite pour la télévision. On a réussi à les convaincre et on est entré en production en 2011.

    Le film va d'abord faire la tournée des festivals et des événements spéciaux. Donc tout de suite après le FIFA, je vais au Festival de films de femmes de Créteil. Et mon film va ensuite être diffusé en salle, on espère à l'automne. De toute façon, c'est pas vraiment un film pour le mois de mai. (Rires)

     
  • Carmel Dumas : La famille Daraîche...

    Suite à son livre sur la Famille Daraîche, Carmel Dumas s'est lancée dans un documentaire sur le même sujet : La famille Daraîche, du western au country.


    Carmel, d'où t'est venue l'idée d'écrire un livre sur la famille Daraîche et d'en faire ensuite un documentaire?

    L’idée du livre découle directement de la volonté de Paul Daraîche. Mon intention, à l’époque où Paul est venu frapper à ma porte, était d’écrire un livre étoffé sur le phénomène de la musique country au Québec et, sincèrement, je regrette de ne pas avoir donné priorité à ce projet plus personnel. Je n’ai pas bien mesuré dans quel travail non rémunéré je m’aventurais. J’ai appris plus tard que d’autres auteurs avaient voulu publier des biographies non autorisées et qu’ils avaient abandonné parce que c’était trop ardu. J’ai persisté par passion pour ce genre de petite histoire et par fidélité envers des artistes qui ont toujours été généreux avec moi, notamment pour le tournage de mon documentaire d’auteure Fougues gaspésiennes (2002). Notre Gaspésie d’origine est d’ailleurs centrale à nos affinités. Reste que l’histoire de la famille Daraîche me semblait, et me semble toujours, unique. Je suis heureuse de l’avoir retracée.

    Puis, le documentaire s’est naturellement imposé durant la recherche pour le livre. J’avais déjà touché le sujet dans mon documentaire Vie de famille, dans la série Au cœur du country (2009), mais en approfondissant ma fouille dans les archives et en multipliant les entrevues, j’ai trouvé fascinant de constater comment l’histoire des quatre artistes vedettes de cette famille englobait toutes les époques de la chanson de chez nous. Je suis fascinée par les diasporas...

    Est-ce que cette famille avait une importance particulière dans ta vie?

    Ce sont des professionnels avec lesquels j’ai des liens très amicaux. Mes affinités sont plus nombreuses avec Paul, que je considère comme un ami. Je les ai tous rencontrés en 1990, durant le tournage de la série Quand la chanson dit bonjour au country dont je signais la recherche, les entrevues, le scénario et la narration. Mes liens avec le milieu du country remontent à cette époque, car ce n’était pas du tout dans ma mire auparavant. La famille Daraîche est importante dans ma vie comme le sont tous ces artistes (Gerry Boulet, Jean-Pierre Ferland, Carole Laure et bien d’autres) avec lesquels j’ai eu le bonheur de travailler sur de beaux projets documentaires. Il est souvent difficile, cependant, de savoir si ces liens survivraient sans la relation professionnelle. Ce que je dois dire des Daraîche, cependant, c’est qu’il n’y a pas de frontière entre leur vie artistique et leur vie familiale. C’est un tout et je me considère donc membre « honoraire » de leur famille élargie. 

    Puisque tu avais déjà écrit un livre sur le sujet, te restait-il encore des surprises et des découvertes au moment du tournage?

    Oui et non. J’avais beaucoup d’information à capter dans un temps restreint avec une équipe minimaliste. J’avais fait un horaire très serré, avec le défi de retracer et d’impliquer des joueurs qui ne savaient rien de ma démarche. Je suis très contente de ce que les mises en situation et les entrevues ont donné. J’ai vécu une très belle surprise en réunissant Joey Tardif, Paul et Steve Faulkner. On sentait vraiment l’atmosphère du temps, au Casino gaspésien. Aussi, un moment de grâce : la création d’une chanson, paroles de Paul, musique de Patrick Norman, dans l’intimité de la maison de Paul. J’ai vu ce à quoi tenait vraiment leur profonde amitié. Les entrevues avec les musiciens du temps m’ont aussi beaucoup appris, pas seulement sur les Daraîche. Ces musiciens sont toujours en tournée et forment une autre famille et traînent un formidable bagage de petite histoire.

    Je te dirais que le plus émouvant, c’est de voir comment l’écrit prend vie et même lorsque l’on semble s’éloigner du texte, au montage il devient toujours flagrant que s’il n’avait pas été là au départ, si toute cette réflexion et cette organisation intellectuelle du matériel n’avaient pas précédé le tournage, jamais l’âme de chaque séquence n’aurait survécue à toutes les influences heureuses ou douteuses qui viennent perturber la mise au monde d’un humble documentaire télévisuel de 52 minutes.  

    On dit depuis plusieurs années que ça va mal pour le documentaire unique. Est-ce que ç’a été un film difficile à produire?

    Je suis plus que d’accord que le documentaire unique est en péril, malgré les documentaires extraordinairement solides et créatifs que l’on a pu voir aux Jutra de cette année, par exemple. Ce film en particulier tient d’une situation particulière. Le country jouit actuellement d’une certaine renaissance dans les médias, et je savais que la production du disque duos de Paul Daraîche représenterait un tournant à plusieurs niveaux. Un moment charnière pour la complicité artistique de la famille et aussi pour le rapprochement entre un monde musical populaire et un monde de gitans de la chanson. J’ai une certaine réputation dans le milieu quand il s’agit de country, alors les diffuseurs ont été à l’écoute lorsque le producteur Vic Pelletier leur a présenté ce projet que je lui ai envoyé par courrier début 2012. J’ai choisi Vic à cause de la Gaspésie, et parce qu’il m’a appuyée lorsque j’ai présenté mon documentaire plus personnel, Fougues gaspésiennes. Reste que dans les deux cas, il n’y a eu aucune implication de la part du producteur avant que le projet ne soit accepté par les diffuseurs. On m’a donné un bon cadre de production, mais j’ai porté le projet d’un bout à l’autre. Le tournage a commencé début août et s’est terminé début novembre. J’ai passé le mois de novembre à écrire le scénario de montage, le mois de décembre et la moitié du mois de janvier au montage à Matane, avec une excellente monteuse qui a été ma meilleure alliée au contenu.

    En plus d'avoir été présenté au FIFA, le documentaire de Carmel Dumas a été diffusé le 25 mars à Télé Québec. Mais pour ceux qui l'ont manqué, une rediffusion est prévue à ARTV cet automne.

     
  • Guy Édoin : Corno

    Après son film Marécages (2011), Guy Édoin s'est plongé dans la création d'un documentaire sur la peintre Joanne Corno.

    Comment est venue l'idée de faire un film sur Corno?

    L'idée originale vient en fait de Fabienne Larouche. Elle a rencontré Joanne Corno il y a quelques années et les deux femmes ont eu un coup de coeur mutuel. Corno avait le projet de prolonger son livre Cornographie en un document visuel. Comme j'avais déjà travaillé avec Fabienne sur un docu-fiction sur la vie de Lucien Rivard, elle m'a proposé l'idée de faire ce documentaire.

    Et comment s'est déroulé le tournage?

    Oui. Ç’a été un tournage à l'étranger essentiellement. Tourner à Dubaï, c'est jamais très simple. Mais ç’a été essentiellement à New York dans le studio de l'artiste

    Depuis des années, la situation du documentaire est problématique. Est-ce que ç’a été compliqué pour toi de trouver du financement pour produire ce film?

    Pas vraiment. C'est une belle histoire de timing, notre affaire. Je me considère très privilégié. Le financement du film s'est fait très rapidement. On a déposé le projet au début de l'automne 2012 et le tournage a commencé dès janvier 2013. En fait, on vient tout juste de terminer le montage final. Ç’a été vraiment une course contre la montre pour qu'il soit prêt à temps pour le FIFA.

    Et le film sort en salle bientôt.

    Il y a deux plans de mise en marché. Oui on participe à des festivals comme le FIFA, mais on a aussi prévu la sortie en salles pour le 29 mars. On est vraiment très content : le film va être diffusé dans une dizaine de salles, ce qui est très bon pour un documentaire.

     

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