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Nouvelles des membres - Bulletins l'Info-SARTEC - Entrevues | April 15, 2013

Spécial cinéma printemps-été

Pour notre Spécial cinéma, nous avons choisi de donner la parole à ceux qui d'ordinaire ne nous parlent qu'à travers leurs personnages, les scénaristes. Sur un total de sept questions, ils pouvaient choisir lesquelles les inspiraient le plus. Voici ce qu'ils ont eu à nous dire à propos de leurs toutes nouvelles créations...

Lac Mystèreécrit par Diane Cailhier (d'après le roman d'Andrée A. Michaud), réalisé par Érik Canuel, Novem

Roche Papier Ciseaux, écrit par Yan Lanouette-Turgeon et André Gullini, réalisé par Yan Lanouette-Turgeon, Les Films Camera Oscura

Rapailler l'Homme, écrit et réalisé par Antonio Pierre de Almeida, Baroque

Louis Cyrécrit par Sylvain Guy, réalisé par Daniel Roby, Christal Films (sortie juillet 2013)

 

  • Diane Cailhier

    Lac Mystère (Novem) (sortie 23 août 2013)

     

    CINÉMA
     
    ► Lac Mystère (LM adaptation)
    Le Survenant (LM adaptation)
    Une vie comme rivière (LM documentaire)
    ► Le jardin d'Anna (Téléfilm)
    ► Une nuit à l'école (Téléfilm)
    ► Des amis pour la vie (Téléfilm)
    La Piastre (LM)
     
    TÉLÉVISION
     
    ► Simonne et Chartrand (série télé)
    ► Chartrand et Simonne (série télé)  
     Un homme de parole (documentaire)

    Diane Cailhier


     

    Quelle situation ou personnage vous a donné le plus de fil à retordre à l'écriture?

    Le scénario de Lac Mystère au complet m’a donné beaucoup de fil à retordre parce que je n’avais pas prévu que le mélange de genres (mystère, drame, suspense, humour absurde) dérouterait les lecteurs à ce point. Le scénario n’a été accepté en production qu’au troisième dépôt après que j’aie renoncé à beaucoup d’éléments trop fantaisistes. Cela dit, je n’ai pas de regrets crève-cœur car l’histoire se tient bien comme elle est.

    Qu’est-ce qui a été le plus formateur pour vous dans l'exercice de votre métier de scénariste? Les scripts-éditeurs, la littérature, le cinéma, la lecture de scénarios ou de livres sur la scénarisation ?

    En premier lieu le cinéma. Depuis mon adolescence, j’ai beaucoup fréquenté les ciné-clubs, les salles de cinémas et les films présentés à la télévision. Pour moi, c’est l’art suprême alliant la littérature, les arts visuels, la musique et le théâtre.

    Comme j’ai fait ma maîtrise en lettres, étudié plusieurs années en arts plastiques au collège et à l’école des Beaux arts, après avoir fait huit ans de piano ainsi que du théâtre collégial et universitaire, le cinéma et venu régler mon problème de choix professionnel ! 

    J’ai cependant gardé ma passion pour tous ces arts, et surtout pour la littérature. C’est sans doute pourquoi avec Lac Mystère, inspiré du Mirror Lake d’Andrée A. Michaud,  j’en suis à mon troisième long métrage tiré d’un récit littéraire et que je travaille présentement à l’adaptation d’un roman de Sylvain Lelièvre avec Patrick Lowe et Alain Chartrand.

    J’ai bien sûr lu beaucoup de livres sur la scénarisation, surtout pour donner des cours… mais je n’aime pas beaucoup les modes d’emploi en art. Les techniques de scénarisation sont nécessaires à la télévision pour des séries qui se prolongent durant des mois et même des années de diffusion !  En cinéma, il y a autant de films extraordinaires que de films ratés qui répondent ou non aux règles sacrées des gourous de la scénarisation. Alors je m’y réfère parfois quand j’ai des problèmes, mais si je suis inspirée, que je pense tenir mon histoire et que je l’aime d’amour, je ne m’en préoccupe pas. 

    Avez-vous du mal à laisser aller votre scénario une fois qu'il est terminé? Restez-vous en contact avec le réalisateur pendant le tournage.

    Contrairement à plusieurs scénaristes, je suis généralement contente de laisser mon scénario dans les mains d’un réalisateur. Je trouve même intéressant que l’œuvre bénéficie des talents d’un autre artiste dans cette aventure collective qu’est de toute façon le cinéma.

    J’ai déjà pensé réaliser, mais après avoir longtemps travaillé à faire accepter un projet et vécu quotidiennement une ou des années avec mon sujet, je me suis rendue compte que j’étais soulagée de passer le flambeau ! 

    Comme j’ai majoritairement confié mes textes à mon conjoint réalisateur, j’ai quand même eu la chance d’intervenir à toutes les étapes de la réalisation de beaucoup de mes scénarios, du casting au mix final. Quant aux autres, certains ont sollicité mon avis à beaucoup d’étapes ou à peu près pas… ce qui est évidemment inquiétant mais pas nécessairement décevant en bout de ligne.

    Avez-vous le sentiment que la scénarisation est un métier méconnu des spectateurs? Des chroniqueurs? Des critiques?

    C’est incroyable. La majorité des gens croient que le réalisateur  improvise, que le scénariste ne lui fournit qu’un canevas avec quelques dialogues. J’ai même animé des ateliers de scénarisation où les participants s’étonnaient de devoir préciser les lieux, le moment de la journée, les ambiances, les intentions des personnages, la musique etc. 

    Quant aux chroniqueurs et critiques, ils s’intéressent au scénario et à son auteur surtout lorsqu’ils le trouvent mauvais. S’ils l’aiment, le mérite revient au réalisateur, à qui ils attribuent spontanément le développement de l’histoire, la consistance des personnages et même les dialogues…  Je l’ai constaté plus d’une fois.

    Je suis aussi toujours étonnée en feuilletant le Dictionnaire du cinéma québécois, qui recense les techniciens, comédiens, producteurs et réalisateurs d’ici, en constatant que les scénaristes non réalisateurs y sont pratiquement absents. Sur le web et les communiqués, il arrive aussi que les fiches  « oublient » l’auteur. 

    Je préviens donc souvent les apprentis scénaristes que ce métier demande d’être aussi humble qu’orgueilleux ! Pour convaincre une multitude d’intervenants de la valeur de ses idées, il faut avoir confiance en soi, donc croire très fort en son sujet et en son talent. Par ailleurs, il faut avoir l’humilité de prendre en compte des remarques de tout ordre, de remettre en question ses idées sans perdre le cap, de retravailler sans relâche pour se rendre à l’étape du tournage,  pour ensuite ne plus intéresser grand monde quand notre histoire prend sa vie de film...  Même s’il est reconnu que l’élément fondamental pour une réussite cinématographique, c’est le scénario, ça ne signifie pas que les scénaristes suscitent l’intérêt général !  Il suffit de participer à des rencontres avec les journalistes sur le plateau ou ailleurs pour s’en rendre compte. Bien chanceux si quelqu’un vous pose une question sur le film qui n’existerait pas sans vous !   

    Il faut évidemment travailler à changer cet état de faits, mais quand on développe un projet, l’essentiel est ailleurs… Dans le plaisir de créer un monde de personnages, d’événements, d’ambiance, de sons et lumières en rêvant de le voir un jour sur grand écran.  Le bonheur.

    Note : Lac Mystère devrait être sur les écrans le 23 août 2013.

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  • Yan Lanouette-Turgeon

    Roche Papier Ciseaux (Les Films Camera Oscura) 

     

    CINÉMA
     

     Roche Papier Ciseaux,  coscénariste avec André Gullini

    ► Le revenant (CM)coscénariste avec André Gullini

    Papillons noirs (CM)coscénariste avec André Gullini
     
     
     

    Yan Lanouette-Turgeon


    Si je réponds parfois au « JE » c’est que je ne voudrais pas parler au nom d’André Gulluni qui est mon coscénariste et qui aurait certainement des éléments de réponses parfois différents des miens… Mais, il faut comprendre que le scénario de Roche-Papier-Ciseaux s’est écrit à deux têtes dans un travail de collaboration de tous les instants. L’emploi du « je » donc, ne réclame en aucun moment la paternité du processus d’écriture.

    On a toujours des scènes fétiches dont on est particulièrement fier. Laquelle est-ce dans votre prochain film?

    Dans le processus d’écriture, il y a toujours un moment que je recherche, que je souhaite plus que tout. Celui où, quand tu termines d’écrire la scène tu te dis : « Oh yes, là je tiens de quoi ! ». L’impression immuable que le travail accompli sera avec nous jusqu’à la version finale. Dans RPC, ça s’est produit à quelques reprises, mais celui dont je me souviens, c’est lorsque j’ai terminé d’écrire la scène de baise entre Norm (Roger Léger) et Beverley (Marie-Hélène Thibault). Instantanément, après l’écriture de cette scène, André et moi on s’est regardé et on s’est dit qu’on avait trouvé le ton de Roche (notre premier segment). Que cette scène, c’est tout ce que Roche devait être. L’ambiance, le mouvement, les personnages, les situations, le ton… C’était à la fois intense, mais hilarant. À la fois drôle et grinçant. Mais le plus grand élément de satisfaction provenait du fait que l’importance du moment « scénaristique » s’arrimait parfaitement au déploiement cinématographique de la scène. Quand la forme rejoint le fond comme ça, c’est toujours fort encourageant pour la suite du travail.

    On est aussi bien fier de la scène de la roulette, mais cette fierté se situe à un tout autre niveau. On est fier parce que c’est à force d’acharnement qu’on y est arrivé. La scène a changé de poil à maintes reprises. Tellement souvent que le processus d’écriture a continué d’évoluer jusque sur le plateau. Aujourd’hui, on est bien fier de cette scène parce qu’on se fait souvent demander si c’est quelque chose qui existe, si on s’est basé sur un fait divers ou une expérience vécue… Si ça avait été le cas, ça aurait certainement pris beaucoup moins de temps à écrire.

    Qu’est-ce qui a été le plus formateur pour vous dans l'exercice de votre métier de scénariste? Les scripts-éditeurs, la littérature, le cinéma, la lecture de scénarios ou de livres sur la scénarisation ?

    Toutes ces réponses. Dans mon cas, c’est certain que la rencontre avec Valérie Beaugrand-Champagne (conseillère à la scénarisation) a été déterminante. J’arrivais avec un bagage cinématographique, une connaissance scénaristique puisée à même nos courts métrages et de quelques livres sur la scénarisation… mais de travailler avec Val et d’être véritablement immergé dans le processus, c’est évidemment la meilleure des écoles. Comme on dit, pour apprendre à construire une maison, y’a rien comme construire une maison…  mais quand tu as le meilleur des entrepreneurs pour te diriger et t’enligner dans la bonne direction, ça aide. Valérie, c’était notre entrepreneur.

    Avez-vous du mal à laisser aller votre scénario une fois qu'il est terminé? Restez-vous en contact avec le réalisateur pendant le tournage.

    J’ai eu un très bon contact avec le réalisateur tout au long du tournage, donc tout va bien… Non, mais sérieusement, ça fait quand même mal de voir le film passer au travers du filtre de la production. À un moment donné, on est mis devant un fait… celui que nos idées ou plutôt l’ensemble de nos idées relève de l’utopie avec le budget que nous avons été capable d’amasser. Quand il faut faire des coupures, c’est poche, mais c’est une réalité. Avec le recul, j’ai réécrit plusieurs scènes parce que je tenais au contenu. Je les ai changées pour qu’elles cadrent dans le budget, mais à force de réécritures, souvent le contexte de la scène change complètement. La scène qui devait se dérouler devant un édifice à logements se déroule désormais dans une boutique de « pose d’ongles » (ne me demandez pas comment on en est arrivé là !...). C’est une fois sur les lieux, que tu te rends compte que la scène ne veut absolument plus rien dire et qu’elle a complètement perdu sa raison d’être. Or, plutôt que de se lancer dans plusieurs réécritures pour « sauver » le contenu, la première question que j’aurais dû me poser c’est si on ne peut pas tout simplement vivre sans cette scène. Ça m’aurait sauver du temps de tournage, de l’argent et ça aurait surtout permis à d’autres scènes d’être tournées avec moins de compromis et dans un moins grand empressement. Sacrifier une scène, pour le bien des autres...

    Avez-vous des « exercices » ou « jeux » de créativité que vous faites à certains moments de l'écriture pour ouvrir des pistes ou régler certains problèmes?

    André et moi, quand on travaille longuement sur un truc et qu’on rencontre quelques embuches, on se pond toujours une version qu’on appelle « tampon ». Une version où on ajoute des personnages, on change nos actions, notre chronologie, nos lieux, name it… On change tous les éléments qui nous apparaissent comme potentiellement problématiques. On travaille sérieusement, en s’appliquant du mieux qu’on peut dans un moment donné. Quand on relit cette version tampon, on trouve normalement que c’est de la grosse merde… mais de cette merde, il y a toujours un ou deux éléments hyper trippants qui s’intègrent à la version sur laquelle on pioche depuis longtemps. Je pense que ces éléments apparaissent parce qu’on s’est permis d’aller à un endroit où on ne voulait peut-être pas aller…  Pour la prochaine version, on revient donc à notre version « pré-tampon », et on y ajoute ces quelques nouveaux éléments. C’est un exercice qui en vaut la chandelle, parce que ça ouvre les horizons et il y a toujours quelque chose qui trouve son chemin jusqu’à la version finale.

    L’écriture d’un scénario appelle beaucoup de commentaires à toutes ses étapes du processus avant de passer à sa réalisation – croyez-vous qu’il soit possible de rester ouvert aux commentaires sans s'éloigner de sa propre vision ? Comment réagissez-vous quand on vous demande de sacrifier des choses auxquelles vous êtes particulièrement attachés (kill your darlings)?

    Oui, je crois que c’est tout à fait possible. Évidemment, il en va de la personnalité de tous et chacun, mais je crois que le cinéma est fondamentalement un art d’équipe. Un film, c’est forcément le fruit d’une vision collective. On vit dans une société qui se veut de plus en plus verte. On tient à recycler et réutiliser le maximum de produits. Les idées sont recyclables et récupérables. Si on se rend compte, à force de se buter sur quelque chose, qu’il faut jeter un élément auquel on tient, pour le bien du film, on se doit de le sacrifier. Rien nous empêche de réutiliser cet élément dans un film subséquent... Rien ne se perd, tout se transforme. Et avec nos barèmes de productions ici, mieux vaut couper ce qu’il y a de trop au scénario que de s’en occuper au montage. Les scènes qui resteront dans le film nous en seront éternellement reconnaissantes… 

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  • Antonio Pierre de Almeida

     

    Rapailler l'Homme (Baroque) 

     

    CINÉMA
     

    ► Rapailler l'Homme (LM documentaire)

     

     
     
     
     

    Antonio Pierre de Almeida


    Qu’est-ce qui a été le plus formateur pour vous dans l'exercice de votre métier de scénariste? Les scripts-éditeurs, la littérature, le cinéma, la lecture de scénarios ou de livres sur la scénarisation ?

    Dans l'exercice de mon métier de scénariste, je crois qu'un des aspects les plus formateur rejoint mon métier de photographe et directeur photo. Cela consiste en un vif intérêt à l'observation des gens et de la vie.

    Afin de mieux transmettre une idée à travers une image, soit-elle écrite en mots ou en lumière, je me laisse imprégner par mon sujet, sans à-priori et essaie surtout de comprendre son essence. Je trouve ensuite ma ligne directrice et les mots s'en suivent.

    L’écriture d’un scénario appelle beaucoup de commentaires à toutes ses étapes du processus avant de passer à sa réalisation – croyez-vous qu’il soit possible de rester ouvert aux commentaires sans s'éloigner de sa propre vision ? Comment réagissez-vous quand on vous demande de sacrifier des choses auxquelles vous êtes particulièrement attachés (kill your darlings)?

    Ceci est une grosse question à laquelle je vais essayer de répondre aussi bien que je peux, surtout que je suis à mes débuts au niveau de l'écriture de scénarios.

    Je crois que tous les commentaires sont bienvenus, peu importe quand ils arrivent. En tant que scénariste, il faut pouvoir juger de la pertinence de ces commentaires afin d'en tirer profit ou pas. Lorsque j'ai été confronté aux commentaires de certains « décideurs », je me suis posé quelques questions : Dois-je écrire mon scénario en fonction de ce que l'on veut « entendre » ou dois-je rester fidèle à mes principes et aux principes de l'histoire que je voulais raconter ? Après avoir longuement réfléchi, j'ai décidé de raconter l'histoire que je voulais, tout en modifiant, en apparence, certaines parties de mon scénario. Si des détails ne plaisaient pas ou ne semblaient pas être compris, je les retravaillais, je les reformulais... mais au fond, je racontais toujours la même histoire. Je crois que dans toute création, il faut pouvoir aller au bout d'une idée, quitte à revenir sur ses pas après et surtout, il ne faut pas avoir de regrets en bout de ligne.

    La scénarisation est un métier méconnu des spectateurs? Des chroniqueurs? Des critiques?

    Je ne saurais dire si la scénarisation est un métier méconnu des spectateurs, chroniqueurs et critiques, par contre j'ai l'impression qu'on sous estime l'importance de cette étape cruciale dans la création d'une œuvre audiovisuelle, soit-elle cinématographique, télévisuelle ou autre.

    Après tout, le scénario est la base sur laquelle reposent toutes les autres étapes d'une œuvre. Le tournage et le montage sont aussi des étapes d'écriture. De plus, je crois qu'une œuvre réussie est la somme de ses écritures et sans un scénario solide tout le reste peut s'écrouler comme un château de cartes.

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  • Sylvain Guy

    Louis Cyr (Christal Films) (sortie juillet 2013)

     

    CINÉMA
     
    ► Louis Cyr
    Café de flore, conseiller à la scénarisation
    C.R.A.Z.Y., conseiller à la scénarisation
    ► Léo Huff
    ► Monica la Mitraille
    Liste noire
    Zie 37 Stagen (CM)
    Stéréotypes (CM)
     
    TÉLÉVISION
     
    ► Haute surveillance : Ra (épisode)

    Sylvain Guy


    On a toujours des scènes fétiches dont on est particulièrement fier. Laquelle est-ce dans votre prochain film ?

    Fétiche, le terme est un peu fort. Mais bon, disons qu'il y a des scènes qui nous surprennent une fois portées à l'écran. Des moments qu'on n'avait peu ou pas vus venir, si on veut. Une des belles surprises dans Louis Cyr est la complicité entre Cyr et son bras droit Horace Barré. Le courant passe très fort entre Antoine Bertrand et Guillaume Cyr, si bien que de courtes scènes plutôt anodines sur papier lèvent plus que je ne l'aurais imaginé à l'écran.

    Je pense à l'une des scènes où Barré tente d'apprendre à Cyr à écrire. On sent la vulnérabilité de Cyr face à Barré qui, sans que rien de tout cela ne soit dit, jouit au fin fond de lui-même d'avoir pour une fois le dessus sur son idole. Cyr, quant à lui, déteste se sentir à la merci de son émule. La scène prend ici tout son sens entre les lignes. Ça, j'aime bien.

    À l'inverse, quelle situation ou personnage vous a donné le plus de fil à retordre à l'écriture ?

    Lorsqu'on m'a approché pour écrire le film, je connaissais le personnage de Louis Cyr assez pour savoir qu'il s'agissait d'un être plus grand que nature, d'un athlète hors norme, du héros de tout un peuple, etc. Aussi ai-je accepté la job sans trop me poser de questions.

    Puis, au fil de mes recherches, la dure réalité m'a rattrapé. Louis Cyr était bel et bien ce héros mythique qui n'a jamais perdu un défi de sa carrière. Il était aussi marié à une femme qu'il aimait et qui l'aimait. Il réussissait dans tout ce qu'il entreprenait. Bref, l'homme était un « winner » sur toute la ligne, c.-à-d. le pire cauchemar d'un scénariste! Pas de conflit, pas d'histoire. « Fuck. »

    J'ai dû passer un bon trois mois à user du tapis (et les nerfs du producteur) en me demandant quel était le sens de l'histoire que je voulais raconter.... jusqu'à ce qu'un jour, dans le journal, je lise une citation de Cyr disant qu'il était au sommet de sa gloire, adulé, richissime, mais ignorant. Le déclic s'est fait aussitôt.

    Cet athlète illettré serait marié à une femme amoureuse de littérature et des arts. Ses succès lui feraient gravir l'échelle sociale, le faisant côtoyer des gens sans cesse plus cultivés, et le fossé qui le sépare de sa femme ne ferait que s'accroître, tout comme ses complexes et son malheur.

    Les thèmes forts du film (acceptation de soi, pardon) ont fini par émerger...

    Avez-vous le sentiment que la scénarisation est un métier méconnu des spectateurs ? Des chroniqueurs ? Des critiques?

    Absolument. Soyons honnêtes, quel être normalement constitué a envie de se taper la lecture d'un scénario? C'est un peu comme visiter une maison en se contentant d'en regarder les plans.

    Ce document de par sa nature même inachevé, rachitique et rébarbatif (j'exagère à peine) est pourtant à la base de toute démarche cinématographique. Si on s'entend en général pour dire qu'on ne peut faire un bon film à partir d'un mauvais scénario, on peut très bien faire un mauvais film à partir d'un bon scénario.

    Je n'irai certes pas jusqu'à dire que les spectateurs doivent se farcir la lecture de scénarios.  Mais pour quiconque souhaite faire carrière à la télé ou au cinéma, la lecture (de dizaines et de dizaines) de scénarios me semble indispensable. Il y a là un langage, une forme, une façon d'exprimer des idées que le simple fait de regarder des films ne peut permettre de maîtriser pleinement.

    Quant aux chroniqueurs et critiques de ce monde, c'est toujours avec un pincement de cœur  qu'on les entend disserter sur des scénarios qu'ils n'ont pas lus...

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