Société des auteurs de radio, télévision et cinéma

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Bulletins l'Info-SARTEC - Mot de la présidente | Dec. 21, 2014

Ce fut une belle expérience!

Yves Prud'homme

Par Sylvie Lussier

Rapport de la présidente sortante lu à l'Assemblée générale annuelle du 30 novembre 2014.

Fidèle à son habitude, Yves nous a fait un résumé d’une concision et d’une clarté exemplaires. Comme vous venez de l’entendre, les dossiers sont nombreux et les bonnes nouvelles peu fréquentes.

L’année a cependant débuté par une excellente nouvelle, la victoire de Claude Robinson en Cour suprême. Ceux qui étaient ici ce matin ont pu l’entendre raconter les principales étapes de ce combat épique. Mon arrivée au CA de la SARTEC, il y a maintenant 16 ans, a pratiquement coïncidé avec le début de cette saga incroyable. Je suis fière de pouvoir dire que j’étais au conseil quand la décision de soutenir Claude a été prise. L’issue heureuse de l’histoire est bien entendu formidable. Mais au delà du résultat, il ne faut pas oublier que Claude a réussi en cours de route à mettre à jour la pratique des prête-noms. Et les stratagèmes douteux de certains producteurs pour s’approprier malhonnêtement des fonds publics. Son apport pour la protection du droit d’auteur sur les œuvres en développement et dans l’assainissement des pratiques de l’industrie est incommensurable.

Je suis fière de pouvoir dire que j'étais au conseil quand la décision de soutenir Claude a été prise.

C’est pourquoi quand le téléphone a commencé à sonner chez moi à 6 heures du matin le 23 décembre dernier, j’étais heureuse de faire face à la horde médiatique qui faute de pouvoir parler à Claude se rabattait sur Yves et moi.  J’ai rapidement enlevé mon pyjama de Noël pour recevoir des équipes de télévision entre deux batchs de tourtières.  Emballé les derniers cadeaux en tentant d’avoir l’air intelligente durant une entrevue téléphonique en anglais et préparé le départ pour le chalet en cochant la liste des demandes d’entrevue pour m’assurer que je n’avais pas oublié personne. J’ai vécu durant une journée la vie des gens riches et célèbres par procuration. Merci à Claude pour ça aussi et pour le plaisir immense que j’ai eu à me retrouver à mon chalet, un peu plus tard que prévu, un peu moins prête que prévu mais si heureuse pour lui et si heureuse de retrouver la tranquillité. Ça a été un bien beau Noël.

Les cadeaux se sont fait rare par la suite. Nous avons tout de même réussi à conclure les négociations de renouvellement des ententes collectives avec Radio-Canada et pour le secteur télévision avec l’AQPM. Pas d’avancées spectaculaires mais pas non plus de reculs importants. Les négociations ont été longues et parfois fastidieuses. Permettez-moi de remercier les membres des comités de négociation de la SARTEC pour leur patience, leur disponibilité et le professionnalisme avec lequel ils se préparent pour chaque rencontre. Pour le comité AQPM, il s’agit de Joanne Arseneau, Mathieu Plante et Luc Thériault , pour Radio-Canada, Louise Pelletier et Mathieu Plante. Tout ce beau monde encadré bien sûr par les professionnels de la SARTEC : Yves Légaré, Roseline Cloutier, Pauline Halpern et Suzanne Lacoursière.

Sur le front des affaires publiques, nous continuons de bénéficier de notre collaboration intersyndicale avec l’UDA, l’AQTIS, l’ARRQ et la Guilde des musiciens pour tenter de faire entendre la voix des artistes et artisans dans les dossiers qui nous sont communs. C’est un formidable lieu de réflexion et d’échanges. En mettant nos ressources en commun, nous avons la possibilité d’être plus présent dans le débat public que ce soit devant le CRTC ou dernièrement la commission Godbout.

J’ai aussi participé cette année à deux rencontres avec un autre groupe de travail sur les enjeux associés à la diversité culturelle à l’écran, particulièrement en fiction. Encore là, les échanges ont été très intéressants même si le doigt accusateur s’est rapidement pointé vers les scénaristes. C’est vrai qu’on écrit peu de premiers rôles ou de séries reflétant la diversité culturelle. C’est une réflexion qui mérite d’être faite même si je crois que le problème ne pourra se régler que lorsque des scénaristes issus de communautés culturelles seront présents dans le milieu et auront l’occasion de raconter leurs histoires. C’est malgré tout toujours un peu réjouissant quand des participants issus de toutes les sphères du milieu s’entendent sur le fait que tout part des scénaristes. Même si c’est pour souligner un problème.

Mon passage au CA de la SARTEC a été une source incroyable de plaisir...

Parlant de scénaristes, j’ai aussi eu la chance d’assister au troisième congrès mondial des scénaristes qui se tenait à Varsovie, en octobre. Y’a pire ! Les sujets étaient variés : du cinéma indépendant au succès de la télévision scandinave en passant par le droit d’auteur, les formats, la co-production, le manque de représentation des auteurs féminins, le modèle des pool d’auteurs versus l’auteur solitaire, il y en avait pour tous les goûts. Si l’édition précédente à Barcelone en 2012 avait été décevante au niveau du contenu, celle-ci était très intéressante. C’est toujours fascinant de voir que malgré les différentes réalités culturelles, politiques ou économiques, les auteurs font face aux mêmes difficultés, aux mêmes doutes.

Cet événement se tenait en parallèle avec la réunion annuelle de l’IAWG, l’affiliation internationale des Guildes d’auteur. On y a accueilli cette année la Guilde allemande et renouvelé le statut d’observateur de l’Afrique du Sud. Au départ organisation uniquement anglophone, l’IAWG évolue. La SARTEC a ouvert la voie. Il y a maintenant des français, des allemands, des indiens, des israéliens. Pour le plus grand intérêt des discussions.

Il y a exactement un mois se tenait enfin notre colloque sur l’importance économique de la création. Je dis enfin car la gestation a été longue mais l’attente en valait le coup. Je ne saurais trop souligner la qualité des présentations des divers intervenants. Certaines sont disponibles sur notre site et sur le site de l’IRIS, l’institut économique qui a effectué à notre demande un sondage sur l’investissement des créateurs en culture et sur leurs conditions de travail. Plus de 400 artistes et artisans provenant de 6 associations ont pris le temps d’y répondre.  Sans surprise, on y apprend que la rémunération annuelle des artistes est inférieure d’environ 20%  à la moyenne des travailleurs. Ce qui étonne c’est la précarité généralisée, la nécessité de cumuler les emplois souvent dans d’autres secteurs d’activité mais surtout l’argent que les artistes et artisans investissent dans leur projet.  Il aurait été presque drôle de voir la réaction de Francis Fortier, l’économiste qui a piloté l’étude, si cela n’avait pas été aussi triste. Les créateurs investissent plusieurs milliers de dollars ( de 2 à 3,000$ ) par projets pour souvent se les voir refusés. Ce qui a amené Monsieur Fortier à qualifier les artistes de nouveaux mécènes de l’industrie.

J'y ai énormément appris sur notre milieu, ses enjeux, ses difficultés, son écosystème particulier. J'y ai aussi appris à apprécier tous les aspects du métier d'auteur.

Même si ces études et conférences confirment plusieurs des perceptions que nous avions déjà, elles nous donnent des outils concrets et chiffrés pour poursuivre notre travail de sensibilisation et de revendication et alimenter les prochaines représentations publiques de la SARTEC et des autres associations d’artistes et d’artisans. L’organisation de l’événement a été sans faille. En grande partie grâce au travail acharné de Manon Gagnon que je tiens à remercier ici.

Il y aura tout à l’heure élection pour choisir les membres du conseil d’administration comme à tous les deux ans. J’ai décidé après trois mandats à la présidence et seize ans au conseil que le temps était venu de tirer ma révérence. Mon passage au conseil d’administration de la SARTEC a été une source incroyable de plaisir, de calories vides avec les traditionnelles cochonneries qui agrémentent nos réunions et de fous rires intempestifs. J’y ai énormément appris sur notre milieu, ses enjeux, ses difficultés, son écosystème particulier. J’y ai aussi appris à apprécier tous les aspects du métier d’auteur. Ce métier qui me passionne toujours autant et auquel j’aurai, je l’espère, un peu plus de temps à consacrer.

Mais le plus important dans cette belle expérience, ce sont les humains que j‘ai eu la chance d’y côtoyer. Je salue les membres des diverses éditions du conseil d’administration et les membres du personnel de la SARTEC. Votre extraordinaire compétence m’a rassurée et soutenue tout au long de ma présidence. Et à tout seigneur, tout honneur, permettez-moi un dernier coup de chapeau particulier à notre directeur général, Yves Légaré. Bien sûr, ses compétences comme DG sont précieuses et indéniables mais c’est son sens de l’humour, son humanité profonde et sa sagesse infinie qui font que malgré la fin de mon mandat, il ne sera pas débarrassé de moi ! J’ai bien l’intention de continuer à l’emmerder ! Merci à tous, ça a été un honneur et un plaisir de vous représenter.

 

 

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