Société des auteurs de radio, télévision et cinéma

Retour à la liste des nouvelles

Mot de la présidente | June 30, 2014

Cet été qui chantait

Yves Prud'homme

Par Sylvie Lussier

Le beau temps est arrivé, enfin, et avec lui me vient une nostalgie d’enfance. D’un temps où l’été semblait durer une éternité. S’étalait devant moi comme une perspective sans fin de plaisirs simples. La clochette du camion de crème glacée molle. Les framboises cueillies sur le bord de la track. Les petites truites frétillantes attrapées avec une branche d’aulne et un hameçon. L’odeur de varech du fleuve à marée basse. Et ma mère qui proteste parce qu’on revient des battures mes sœurs et moi couvertes de boue.

L’été c’était souvent la Petite-Rivière-St-François. Le village d’origine de ma mère. Un endroit magique pour moi, petite fille des ruelles d’Hochelaga et de Rosemont. Quand on partait pour les grandes vacances, l’auto chargée à ras bord, c’était aussi excitant que si on était parti pour la Chine.

Le village me semblait le plus beau du monde. Niché entre le fleuve et la montagne. Avec plein de rivières à remonter pour trouver une chute qui semblait n’appartenir qu’à nous. Avec des ours qui s’invitaient parfois à nos pique-niques dans le bois. Et avec tous les lieux qui peuplaient le folklore de ma mère. Elle prenait plaisir à nous abreuver des aventures et des personnages tous plus grands que nature qui constellaient son histoire familiale. Fort probablement embellie par les générations successives de conteurs.

Mais de tous les trésors que recelaient le village, le plus précieux à mes yeux était une écrivaine. Une vraie de vraie. Gabrielle Roy y passait elle aussi ses étés.  A quatorze ans, adolescente timide, je la suivais de loin sur la track quand elle prenait sa marche quotidienne avec une amie, tante Berthe ou Madame Palardy. Je me disais que si cette artiste, sûrement très sensible à la beauté,  choisissait année après année de passer l’été à la Petite-Rivière c’est qu’il y avait vraiment quelque chose d’unique à cet endroit. Je n’étais pas la seule à être envoutée. Et déjà le processus d’écriture me fascinait. J’aurais bien aimé lui parler. Je n’osais pas. Je me contentais de me trouver sur son chemin pour qu’elle me salue à l’occasion. De respirer un peu de son air en espérant qu’un phénomène  osmotique quelconque me permette d’absorber un peu de son talent.

Elle a passé une trentaine d’étés à la Petite-Rivière. Les histoires de son recueil de nouvelles, Cet été qui chantait, s’y déroulent. Ma marraine me l’avait offert un Noël. Je devais avoir quinze ans. Je le relis à l’occasion. Pour m’imprégner de l’atmosphère unique de mon village et de l’immense talent de l’auteur qui a réussi à la capturer et à me la rendre.

Je vous souhaite donc un été qui chante.

Nouvelles du colloque

Après quelques contretemps, le colloque sur l’impact économique des créateurs, artistes et artisans de l’audiovisuel est entré en phase de préparation intensive. Le programme s’élabore, les partenaires et invités se précisent. Vous avez reçu dernièrement un message vous invitant à répondre à un sondage élaboré par la firme IRIS. Ce sondage, qui est aussi soumis aux membres de plusieurs autres associations d’artistes et d’artisans, permettra aux experts d’IRIS de dresser un portrait de la valeur de l’investissement que les artistes et artisans injectent dans la culture. Une donnée jamais quantifiée à notre connaissance et donc fort commodément ignorée par les instances décisionnelles quand vient le temps de débattre des divers enjeux liés au financement de la culture.

Pourtant, l’industrie audiovisuelle repose en bonne partie sur le talent, l’inventivité, la création  des auteurs, réalisateurs, comédiens, artistes et artisans. Combien valent les mois voire les années passés à développer des projets, à créer un scénario? Le temps nécessaire pour s’approprier  un rôle? Pratiquer un instrument? Préparer un tournage? Se former, se perfectionner? Être à l’affût de la technologie? Repousser toujours plus loin les limites de la création ?

Trop souvent on nous accuse de vivre des largesses de l’État. Pourtant, non seulement sommes-nous au cœur d’une industrie économiquement et culturellement essentielle, mais nous créons à la fois des œuvres et des emplois. Nous investissons temps et argent sans que cela ne soit pris en compte.

Je ne saurais donc trop insister pour que vous preniez quelques minutes pour répondre à ce sondage. Plus l’échantillon sera important, plus les données recueillies seront significatives. Les conclusions de cet exercice seront dévoilées le 30 octobre lors du colloque. Et je peux vous assurer qu’elles seront utilisées à bon escient pour défendre nos intérêts sur toutes les tribunes où cela s’avèrera pertinent.

Archives