Société des auteurs de radio, télévision et cinéma

Retour à la liste des nouvelles

Nouvelles des membres - Entrevues | July 15, 2013

Spécial Webséries

Par Mathieu Plante

Vous êtes devant votre ordinateur en train d'écrire votre première série Web et plein de questions vous viennent en tête. En quoi se distingue l'écriture Web des autres formes d'écriture? Quelle est la durée idéale d'un épisode Web? Comment trouver du financement pour mener le projet à terme? Votre pression monte, vous prenez donc une petite pause pour souffler un peu et vous ouvrez le PDF de l'Info-SARTEC. Par un hasard absolument phénoménal, vous tombez justement sur cet article qui répondra à certaines des questions fondamentales que vous vous posez. Non, mais c'est tellement bien fait la vie des fois...

Les invitésLa Brigadièreécrit par Marie-Ève Belleau

Fard West, écrit par Catherine Breton

Yam, Théo, Juliette en direct, écrit par Yvan de Muy

Les Béliers, Jackpot, écrit par Kadidja Haïdara

L'Hôpital.com, La Brigadière, écrit par Michel Brouillette

De l'intérieur, écrit par Benoit Guichard

 

 

Télécharger le PDF.

  • En quoi se distingue l'écriture Web?

    De toute évidence différentes de l'écriture télévisuelle, radiophonique et cinématographique, les créations Web ont leurs propres règles. Mais quelles sont-elles exactement? En passant des séries jeunesse à l'écriture de la série Web La Brigadière, Marie-Ève Belleau-Bérubé s'est posé la même question que vous.

    « J'ai tendance à penser que dans les séries Web, on ose plus qu'en télévision. On est moins limités, on a une plus grande liberté. »

    WEB-SÉRIES
     
     Les invités
     La Brigadière
     
    TÉLÉVISION
     
     1, 2, 3... Géant
     Toc toc toc
     Tactik
     Ramdam
     Il était une fois dans le trouble
     Une grenade avec ça
     Le club des doigts croisés

     

     

     

     

     

     

    D'après une idée de départ des productrices Nadine Dufour, et Véronique Jacob (PIXCOM), La Brigadière a séduit Estelle Bouchard, directrice au développement de contenus fiction et documentaire chez TVA.

    « À TVA, on n'est pas reconnu pour nos sites Web, comme à Radio-Canada par exemple. On veut remédier à la situation. Une série Web doit avoir une signature particulière, elle ne doit pas trop ressembler à la télé, elle doit se distinguer. Moi, je me méfie du fait qu'on veuille transporter la télé dans le Web. La Brigadière, c'est un high concept parfait pour le Web. »

    Avec son western de filles Fard West, Catherine Breton a aussi fait un saut du tremplin des séries jeunesse Kaboum et Ramdam, pour plonger dans le Web.

     
              WEB-SÉRIES
     
              ► Fard West
     
              TÉLÉVISION
     
              ► R-Force
              ► Ramdam
              ► Kaboum
     
              CINÉMA (CM)
              ► Poisson d'avril
              ► Por qui, por allà
              ► La liste

     

     

     

     

     

     

    « J'ai toujours aimé les Westerns. Plus jeune, j'étais très fascinée par Claudia Cardinal dans Once Upon A Time In The West. D'après moi, il y a autant de style d'écritures Web que de styles d'écritures télé. Sur le Web, c'est généralement plus anecdotique, plus humoristique ou plus choquant. Mais il est aussi possible de faire quelque chose de plus profond, une histoire qui se suit et se développe. C'est ça que j'ai voulu faire avec Fard West. »

     

  • Quelle est la durée idéale d'un épisode Web?

    Pour Véronique Jacob de Pixcom, le Web offre une certaine liberté en ce qui a trait à la durée.

    « Ce qui est bien avec le Web, c'est qu'on n'a pas vraiment de règle à suivre. Il n'y a pas de carcan, on n’essaye pas de remplir une case horaire. On y va vraiment avec l'histoire qu'on a à raconter. Mais en règle générale, les plateformes mobiles exigent des durées plus courtes.»

    Et c'est effectivement le cas pour La Brigadière et Marie-Ève Belleau-Bérubé abonde dans le même sens.

    « Pour la première saison, on écrivait des 4 ou 5 minutes. Mais TVA nous a demandé de resserrer le tout et de faire plutôt des 3 ou 4 minutes.»

    « L'écriture Web est beaucoup plus syncopée que l'écriture télé, poursuit Catherine Breton. C'est le concept qui nous dicte ce que doit être la durée d'un épisode ou d'une capsule. Dans certains cas, onze minutes c'est parfait, mais dans d'autres cas, quatre minutes c'est l'idéal. Ça dépend aussi de la plateforme. C'est quelque chose qui est appelé à évoluer. »

    Après avoir écrit la série Web jeunesse Juliette en direct, gagnante de deux Gémeaux, Yvan de Muy s'est attaqué au pendant Web de la série télé Yamaska, une série de capsules appelée Yam.

    « Ces capsules avaient toujours un lien avec l'épisode de la semaine et tournaient autour des trois personnages d'adolescents. Dans une série Web, on ne s'étend pas sur le sujet. On verbalise rapidement l'essentiel. Et comme on n’a pas les budgets de la télé, on doit souvent se confiner à un seul décor et peu d'actions. Pour moi, c'est la même recette que la télé, mais en plus condensé. Ça tourne généralement autour de quatre ou cinq minutes. Mais moi ça me dérange pas de passer plus de temps devant mon écran et de regarder des épisodes plus longs. »

     
    WEB-SÉRIES
     
     Yam
     Théo
     Juliette en direct
     
         Et, auteur de plusieurs
         livres jeunesse

     

     

     

     

    L'exemple du House of Cards de Netflix est à ce sujet très révélateur. Il est maintenant tout à fait possible de faire des épisodes d'une heure pour le Web et le public ne décroche pas pour autant. Mais les épisodes plus courts demeurent quand même une tendance lourde. Avec sa nouvelle création, écrite en collaboration avec Lily Thibeault, L'Hôpital.com, Michel Brouillette ne compte plus les séries Web sur lesquelles il a travaillé. La Brigadière, Le couple.tv, Heroes Of The North.

     

     
                WEB-SÉRIES
     
                ► L'hôpital.com
                ► La Brigadière
                 Rêve d'acteur (Web interactif)
                ► Heroes of the North
              
                TÉLÉVISION
              
                ► Ma maison Rona (scripteur)
                 Kiki Tronic
     
           
             

     

     

     

     

     

     

    « On a 20 ou 30 secondes pour introduire le personnage et sa quête. On a pas de temps à perdre. Pour L'Hôpital, on a donc pensé à un médecin, un immigrant indien, qui se retrouve à travailler dans la buanderie du troisième sous-sol de l'hôpital parce que ses compétences ne sont pas reconnues au Canada. Son fils est concierge dans le même hôpital et il amène les patients qui attendent depuis trop longtemps à l'urgence, voir son père pour des consultations. »

     

     

     

  • Comment financer ma série Web?

    Il existe de nombreuses sources de financement pour la production de séries Web. Le Fonds Bell, le Fonds Québecor, le Fonds Shaw Rocket, le Fonds des médias du Canada et le Fonds TV5 pour la création numérique qui a récemment appuyé financièrement la série Web Lourd de la réalisatrice Catherine Therrien. Restait ensuite à trouver une auteure pour écrire les épisodes...

    « J'avais envie de travailler avec une auteure qui avait une plume drôle, incisive et subversive. »

    Ayant beaucoup travaillé en humour pour Les Parent, le Gala des Olivier et sur le prochain one woman show de Valérie Blais, la scénariste Marie-Andrée Labbé était la personne toute désignée.

    « Lourd raconte les tribulations de trois adolescentes qui désirent faire un voyage au Chili. Dans chacun des cinq épisodes, les trois filles rencontrent des embûches qui vont mettre leur voyage en péril.  »

    Le Fonds indépendant de production a lui aussi un volet dédié exclusivement au Web. La directrice générale adjointe Claire Dion nous explique comment fonctionne son programme Web-séries du Fonds indépendant de production (WIP).

    « En moyenne, pour tout le Canada, on reçoit entre 140 et 150 projets, dont 40 à 45 au Québec. Toujours au Québec, entre 10 et 12 projets vont passer l'étape de la présélection. Ce sont des pigistes, des consultants qui lisent tous les projets, et finalement 4 ou 5 vont recevoir de l'argent. On les finance parfois à hauteur de 80 ou 90%. Ça dépend de la structure de chacun des projets. »

    Elle a remarqué depuis un certain temps que les auteurs semblent de mieux en mieux écrire sur mesure pour le Web.

    « Depuis un peu plus d'un an, on constate que les projets qu'on reçoit sont de plus en plus taillés pour le Web. C'est difficile à décrire, c'est une espèce de gut feeling. Les auteurs prennent plus de risques, leurs textes sont plus punchés. »

    Des bourses sont aussi offertes directement aux auteurs. Kadidja Haïdara a pu lancer sa série Les Béliers en gagnant l'année dernière la bourse Tou.tv.

    « Au départ, je ne pensais pas nécessairement au Web pour ce projet. C'est d'abord l'histoire qui m'est venue en tête. Y'a tellement de joueurs de football qui m'entourent, mon frère, mon meilleur ami. L'idée m'est donc venue très naturellement. Ensuite j'ai entendu parler de la bourse Tou.tv et je me suis lancée. Ma série est la deuxième produite grâce à cette bourse. »

     

    WEB-SÉRIES
     
     Les Béliers
    ► Jackpot (comédie interactive)
     
    DISTINCTION
     
     Bourse Louise-Spickler 2010
     Bourse Tou.tv pour la scénarisation
         de la web-série Les Béliers
     
         Et, elle travaille présentement à
         l'écriture de divers projets de séries
         et web-séries en développement.

     

     

     

     

     

     

    Pour au final se faire une idée globale des sources et modes de financement dans l'industrie, le site internet du Fonds des médias du Canada contient de nombreuses informations, statistiques, études de cas, ainsi qu'un répertoire complet des sites qui peuvent héberger le sociofinancement de votre projet.

     

  • Qu'en est-il des autres formes d'écriture Web?

     

    Bien sûr, en plus des séries Web, il se créé des webdocumentaires, des jeux et des applications de toutes sortes. Le scénariste Benoit Guichard, qui a entre autres écrit Nitro et Cadavres s'est récemment lancé dans un projet de jeu pour le Web. De l'intérieur, d'après un concept de départ d'Alexandre Champagne, raconte l'histoire d'un jeune qui travaille pour la police comme agent double en infiltrant un gang de rue.

    « On utilise deux baromètres: la culpabilité et la suspicion. Si le joueur pose un acte criminel, il fait augmenter le baromètre culpabilité et la police pourrait venir l'arrêter. Mais si, par contre, il n'est pas assez criminel, et qu'il soulève les doutes du gang de rue, c'est le baromètre suspicion qui monte.  C'est donc un jeu qui pose des questions de moralité. »

     

    WEB-SÉRIES
     
     De l'intérieur
     
    TÉLÉVISION
     
     Les sept péchés capitaux
     
    CINÉMA
         
     Cadavres
     Nitro
     Cul de sac (CM)
     Un crabe dans la tête
         conseiller à la scénarisation 
     La bouteille
     

       Et, Benoit a plusieurs scénarios en développement et il élabore de nombreux concepts artistiques et publicitaires. Il est également professeur à la scénarisation à l'INIS depuis 10 ans.

    © Photo Agence Omada

     

     

     

     

     

     

     

     

     
     
     
     
     
    On peut jouer sur PC, et sur toutes les tablettes.

    « C'est donc un peu comme un livre dont vous êtes le héros. Et l'essence même de ce genre d'écriture Web, c'est l'arborescence. Il faut s'assurer dans notre écriture que cette arborescence finisse par retrouver des boucles, afin que le tournage respecte les budgets. C'est une écriture qui fait éclater la linéarité. Plutôt que d'être un tronc, c'est plutôt une exploration des différentes branches. »

    Bon, vous en savez assez et la pause est terminée. Retournez vite écrire votre série ou votre jeu Web. On a hâte de voir ça...

     

     

  • Et justement, le sociofinancement,

    c'est quel genre de bébitte, ça?

     

    En complément aux sources de financement traditionnel, le sociofinancement, ou financement participatif, est aujourd'hui très largement répandu. Un processus qui permet aux instigateurs de séries Web ou de tout autre projet de générer l’engagement du public. Il offre aussi la chance de prouver aux bailleurs de fonds traditionnels la crédibilité des projets.

    « Nous, on voit ça comme du love money, nous dit Claire Dion. C'est pas parce qu'un projet a eu recours au sociofinancement qu'on va refuser de le financer. Au contraire, ça permet de faire connaître le projet et de sonder l'intérêt du public.»

    Mais avant de s'aventurer dans la voie du sociofinancement, il faut bien en connaître les tenants et aboutissants et surtout saisir les pièges qu'il comporte. Lors d'un atelier sur le sociofinancement dans le cadre du Projet Columbus, l'économiste Ianik Marcil en est arrivé à trois grands constats à ce sujet.

    « D'abord, il ne faut pas faire l'erreur de mettre la campagne de sociofinancement trop au centre du projet. Il ne doit pas éclipser le coeur du projet. Deuxièmement, on doit aussi l'intégrer à la stratégie de marketing et non pas uniquement à la stratégie de financement. Il faut comprendre que c'est d'abord un outil pour bâtir une communauté qui va enrichir le projet. Il faut comprendre aussi que la campagne de sociofinancement ne remplace pas le financement traditionnel. C'est tout simplement un outil de plus dans notre boîte à outils. »

    La rencontre s'est tenue dans les espaces du Qui fait quoi et dans Le lien multimédia à la Station C. En haut à gauche, Ianik Marcil, en bas à gauche, Éric Franchi

    © Myriam Baril Tessier

    Pour cet économiste, le sociofinancement est une tendance qui révèle quelque chose de bien plus profond, une remise en question complète du système économique actuel et de ses institutions.

    « La crise économique qu'on vit depuis 2008, c'est pas une crise standard, c'est une crise institutionnelle. On se rend compte que les institutions ne jouent pas leur rôle et on perd confiance. On remet de plus en plus en question notre attachement face à ces institutions. L'émergence de projets novateurs se fait donc de plus en plus en marge des grandes institutions. Et ça fait peur aux marchés traditionnels qui voient d'un mauvais oeil le sociofinancement.»

    Contrairement aux banques et aux investisseurs traditionnels, les entreprises qui offrent du sociofinancement vont cesser d'être de simples plateformes, pour plutôt devenir des interfaces entre les aspects financiers et la production elle-même.

    « Ces entreprises, qui sont de plus en plus nombreuses, vont offrir des services tout à fait nouveaux, des services-conseils. Ils vont donc devenir de grande firme de consultants qui vont toucher à tous les aspects de votre projet. »

    Pour Éric Franchi, avocat en droits des technologies et spécialiste de la propriété intellectuelle, le sociofinancement peut prendre plusieurs formes.

    « Au Canada, seuls les prêts et les dons sont permis. On peut aussi investir directement dans un projet. Mais aux États-Unis, Obama vient de signer le Job Act qui permet d'investir dans les petites entreprises. On a donc supprimé les barrières à l'investissement pour ces petites entreprises. Mais ici au Canada, il n'y a pas encore de texte de loi. L'autorité des marchés financiers est en train d'analyser la chose. Donc, les Québécois qui se lancent dans le sociofinancement doivent encore le faire aux États-Unis, avec Kickstarter, par exemple.»

    Il y a alors certains principes et grandes règles à respecter.

    « On doit d'abord s'incorporer aux États-Unis et comprendre que l'argent qui va traverser la frontière subira la loi américaine de l'impôt. Et comme il est ensuite possible que des gens de partout dans le monde participent au financement de notre projet, il faut que l'instigateur connaisse un peu les règles du droit international. »

    L'avocat nous donne un dernier conseil :

    « Il ne faut jamais donner des parts de copropriétés à tous les gens qui participent au financement du projet. On se retrouverait alors avec des centaines, voire des milliers de propriétaires de l'oeuvre et ça peut compliquer les choses ensuite. »

    Avec son projet livre interactif, Inouï, Marc-André Sabourin a justement choisi de lancer une campagne de sociofinancement.

    « Il s'agit d'histoires inspirées de faits réels que vous pouvez acheter pour le prix d'un café et visionner sur tous les appareils. Ce format court est très peu présent dans la francophonie. »

    En lançant sa campagne sur le site américain Indiegogo, son objectif fixe était d'amasser 10 000$. À son grand bonheur, 260 donateurs ont ouvert leurs portefeuilles. Une somme totale de 12 000 dollars.

    « Il est essentiel que les gens qui lancent une campagne de sociofinancement aient d'abord un bon réseau: la famille, les amis, les connaissances, les collègues de travail. Des gens qui vous connaissent bien. Mais il faut ensuite s'assurer d'une large présence médiatique. Les gens font souvent l'erreur de démarrer une campagne de financement pour ensuite s'asseoir et ne rien faire. Il faut un travail acharné pour s'assurer d'avoir des résultats. Il faut continuer d'envoyer des courriels et établir des liens directs avec le public. »