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Bulletins l'Info-SARTEC - Entrevues | July 14, 2013

Spécial cinéma : « La maison du pêcheur »

À l'instant même où le présent Info-SARTEC devait être mis sous presse, la nouvelle est tombée. Plus besoin d'attendre le 6 septembre pour que La maison du pêcheur, film retraçant les événements de 1969 qui ont précédé la crise d'octobre 1970, n'envahisse nos écrans. Il vous suffira de vous pointer au Festival des films du monde (FFM) le 26 août, pour voir les militants indépendantistes Bernard LortiePaul et Jacques Rose ouvrir à Percé cette fameuse Maison du pêcheur qui va créer tout un émoi gaspésien. Comme le veut la récente tradition de l'Info-SARTEC, nous avons donc convié les trois auteurs de La maison du pêcheurJacques BérubéAlain Chartrand et Mario Bolduc, à bien vouloir répondre à notre petit questionnaire maison. 

La maison du pêcheur, écrit par Jacques Bérubé, Alain Chartrand et Mario Bolduc, réalisé par Alain ChartrandGroupe PVP

26 août | FFM – Sortie 6 septembre 2013

Plateau de tournage à Gaspé

Alain Chartrand (debout au centre) Mario Bolduc (debout à droite) sur le plateau de tournage à Percé.

© Photo Jacques Gratton

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  • Jacques Bérubé

     

    FILMOGRAPHIE
     
     La maison du pêcheur
    ► Juste pour partir (Film d’art)
     Le Cerbère (Autoproduction)
    ► Le mur (CM)
    ► Cou-teau  (CM)
    ► Les Témoins (CM)
     Les mauvaises fréquentations (CM)
     La mine Fédérale (Documentaire)
     Indépendant, dix ans, toutes ses dents             
         (Documentaire)
     Carillon dans un film de pluie (Film d’art)
    ► Dix milliards de molécules (Docu d’art)
    ► Dans l'béton armé d'fers (Vidéogramme
         photographique)
    ► La dernière danse (en développement)
     
    THÉÂTRE
     
     Saint-Sieur-des-Quatre Cascades
    ► Enlève tes mains de… j’ai une tache sur
         mon gilet

    Jacques Bérubé et Paul Rose sur le plateau de tournage à Percé.

     

    © Photo Alain Chartrand


    On a toujours des scènes fétiches dont on est particulièrement fier. Laquelle est-ce dans votre prochain film?

    C’est la scène où le groupe de La Maison du pêcheur occupe la station de radio de New Carlisle et que Bernard prend la parole pour parler de la situation des pêcheurs en Gaspésie. 
Cette scène est basée sur une histoire qui est bel et bien arrivée, à la station CHNC de New Carlisle (mais ce n’est pas Bernard Lortie qui avait pris la parole, mais Paul Rose). Le texte qui est lu sur les ondes par Paul, puis par Bernard, est à peu près intégralement celui que j’ai écrit au départ, à partir de ce que je connaissais sur la situation. J’adore la façon dont ça a été tourné; on voit Bernard parler dans le studio, puis un peu partout, sur la quai, à la Maison du pêcheur, chez son père, on voit les gens qui l’écoutent. Je sais que les Gaspésiens aimeront cette scène, car elle présente bien leur réalité à cette époque et ça, c’est très important pour moi, car même si je ne suis pas originaire de la Gaspésie, je suis un Gaspésien de cœur. 


    À l'inverse, quelle situation ou personnage vous a donné le plus de fil à retordre à l'écriture?

    Le premier rôle, celui de Bernard Lortie. Nous devions bâtir le scénario à travers son regard, celui d’un gars qui n’avait que 18 ans à l’époque, qui n’était pas très politisé et assez peu instruit. Mais il était Gaspésien, en contact direct avec le territoire et avait le pays dans le cœur et l’âme. 

    Contrairement à Paul Rose, qui était un ami personnel depuis plus de 30 ans, je ne connaissais pas Bernard Lortie. Je ne l’ai rencontré que deux fois, trois ou quatre heures au total, et il n’était pas très ouvert au projet de film qui le ramènerait, plus de 40 ans après, à l’avant-plan. C’est Jacques Rose qui l’avait convaincu de me rencontrer. Et ses souvenirs étaient assez flous, pour ne pas dire un peu retenus. Nous avons dû entrer certains éléments fictifs, comme faire de son personnage un fils de pêcheur dont le bateau a été saisi par le fisc, ce qui n’était pas le cas —son père s’occupait des fournaises au Cégep de Gaspé. Bref, ça a été difficile du début à la fin, mais je suis très fier de ce qui en est ressorti. Et il est admirablement joué par Mikhail Ahooja. 
 
 


    Avez-vous du mal à laisser aller votre scénario une fois qu'il est terminé? Restez-vous en contact avec le réalisateur pendant le tournage?

    La maison du pêcheur est mon premier scénario de long métrage. Je suis resté en contact avec le réalisateur, Alain Chartrand, qui, avec Mario Bolduc, était aussi coscénariste ainsi qu’avec les producteurs, Vic Pelletier et Jean-Roch Marcotte, jusqu’à la fin. Je n’ai donc pas eu à laisser aller mon scénario, car on m’a toujours gardé lié au processus créatif. Je suis même figurant dans le film, mais personne ne me reconnaît, sauf ma blonde — qui n’aimait vraiment pas mon look ! 
 


    Avez-vous le sentiment que la scénarisation est un métier méconnu des spectateurs? Des chroniqueurs? Des critiques?

    Non seulement le métier et le rôle sont méconnus, mais j’ai l’impression qu’il faut constamment rappeler que nous existons et que notre travail est à la base de tout film. Pour moi, il est clair qu’on ne peut pas faire un bon film avec un mauvais scénario, peu importe les effets spéciaux et les têtes d’affiche qu’on y mettra. Il faut même souvent intervenir pour exiger que notre nom soit inscrit dans les crédits d’un film.  


    L'écriture d'un scénario appelle beaucoup de commentaires à toutes ses étapes du processus avant de passer à sa réalisation - croyez-vous qu'il soit possible de rester ouvert aux commentaires sans s'éloigner de sa propre vision ?

    L’expérience de La maison du pêcheur a été exemplaire comme travail de collaboration entre scénaristes. J’étais très ouvert aux commentaires d’Alain et Mario et eux étaient très ouverts aux miens. J’étais particulièrement vigilant sur certaines vérités historiques et sur la façon dont les gens de la Gaspésie étaient présentés, comment ils réagissaient et parlaient, et mes deux compères étaient très respectueux de cela. Je peux donc dire qu’on a accouché d’un scénario de consensus qui satisfait tout le monde.

    Comment réagissez-vous quand on vous demande de sacrifier des choses auxquelles vous êtes particulièrement attachés (kill your darlings)?

    Bien sûr, j’ai dû laisser aller des scènes et des personnages que j’aimais beaucoup. Dans la plupart des cas, je comprenais et acceptais bien que « la coupe » était faite en fonction des coûts de production et que ça rendrait donc le film plus facile à financer et à produire.

     

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  • Mario Bolduc

      FILMOGRAPHIE
     
      ► La maison du pêcheur
      ► Le dernier tunnel
      ► À part des autres
      ► L'oreille d'un sourd
      ► Repas compris (CM)
     
      TÉLÉVISION
     
      ► Chabotte et fille (saison 3)
      ► Haute surveillance 
            Un tueur en liberté
      ► Quai numéro 1
           Pour sauver Pablo
     
      LIVRES
     
      ► Cachemire
      ► Tsiganes
      ► La nuit des albinos
      ► Rock'n Romance
          (biographie de Nanette Workman)
     

    Mario Bolduc et Paul Rose
    © Photo Alain Chartrand


    Qu’est-ce qui a été le plus formateur pour vous dans l'exercice de votre métier de scénariste? Les scripts-éditeurs, la littérature, le cinéma, la lecture de scénarios ou de livres sur la scénarisation ?

    Toutes ces réponses... Mais je crois que le plus stimulant c’est encore la lecture de scénarios. Le site www.script-o-rama.com, par exemple, permet d’avoir accès à une quantité impressionnante de scénarios, américains surtout. Je lis peu de scénarios publiés qui ne sont, dans la plupart des cas, que la retranscription du film terminé. La Bibliothèque virtuelle Gilles-Carle de la SACD permet aussi de consulter quelques scénarios québécois.

    Avez-vous du mal à laisser aller votre scénario une fois qu'il est terminé?

    Je suis même soulagé de pouvoir confier le projet à quelqu’un d’autre! Cela dit, la préproduction exige des modifications et des ajustements de toutes sortes liés au budget, à la disponibilité des lieux de tournage, etc. Je suis très heureux de me replonger dans le scénario à ce moment-là, même si le travail est délicat : il faut s’assurer de garder intacte l’intention première des versions antérieures.

    Restez-vous en contact avec le réalisateur pendant le tournage?

    Dans le cas de La maison du pêcheur, Alain Chartrand m’a associé de près à toutes les étapes de la production, de la préproduction au montage. J’ai été consulté pour le casting, j’ai assisté à des réunions de production et à une partie du tournage – où j’ai pu réécrire les dialogues de certaines scènes –, j’ai donné mes commentaires sur le montage, sur le choix des chansons de la trame sonore, etc. J’ai beaucoup apprécié l’ouverture d’esprit d’Alain qui n’a pas hésité à nous faire partager, Jacques Bérubé et moi, sa démarche de metteur en scène.

    Je crois que la participation du scénariste, une fois la production entamée, peut être très constructive. Au cours du développement du projet, le scénariste profite des commentaires et des suggestions du réalisateur et du producteur (entre autres). Pourtant, curieusement, le scénariste est rarement mis à contribution aux autres étapes (casting, montage...)

    Quand on m’implique dans la production (comme Alain l’a fait), j’accepte avec plaisir. Et je donne mon opinion pour permettre au réalisateur d’avoir du feed-back sur son travail. Exactement comme le réalisateur le fait avec le scénariste au moment de l’écriture.

    L’écriture d’un scénario appelle beaucoup de commentaires à toutes ses étapes du processus avant de passer à sa réalisation – croyez-vous qu’il soit possible de rester ouvert aux commentaires sans s'éloigner de sa propre vision? Comment réagissez-vous quand on vous demande de sacrifier des choses auxquelles vous êtes particulièrement attachés (kill your darlings)?

    Tous les commentaires n’ont pas la même pertinence. Certains lecteurs ne peuvent s’empêcher de se projeter eux-mêmes dans les personnages – « J’ai un fils de douze ans et jamais il n’agirait ainsi... » – et de les évaluer d’un point de vue moral, ce qui est de plus en plus fréquent. Des lecteurs s’imaginent que le spectateur ne pourra « aimer » que des personnages positifs et honnêtes, qui correspondent à leurs propres valeurs.

    Par contre, si les commentaires portent sur la logique des personnages ou le développement de l’histoire, s’ils sont constructifs au niveau dramatique et permettent d’améliorer le scénario, je n’ai aucun problème à réécrire, au contraire. 

     


    Photo de droite © Alain Chartrand : Mario Bolduc et Vic Pelletier

    Photo de gauche © Jacques Gratton : Les comédiens Charles Alexandre Dubé et Vincent Guillaume Otis et Mario Bolduc

     

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  • Alain Chartrand

      FILMOGRAPHIE
     
      ► La maison du pêcheur
      ► Ding et Dong, le film
      ► Des amis pour la vie
      ► La piastre
      ► Isis au 8
      ► L'étau-bus (CM)
      ► Atabog (CM)
     
      TÉLÉVISION
      ► Chartrand et Simonne
      ► Simonne et Chartrand
      ► Paparazzi
      ► Innoncence
      ► Le jardin d'Anna
      ► Montréal ville ouverte
     
      DOCUMENTAIRE
     
      ► J. A. de Sève
      ► Une vie comme rivière
      ► Un homme de parole
      ► L'Estrie en musique
      ► Image de l'Estrie
      ► Les douces
     

    Alain Chartrand et Mario Bolduc

    © Photo Jacques Gratton


    On a toujours des scènes fétiches dont on est particulièrement fier. Laquelle est-ce dans votre prochain film?

    C’est une scène de didascalies : La scène d’arrosage dans la Maison du pêcheur était une scène cruciale dans la courbe dramatique du film. Elle avait comme conséquence le départ obligé de Paul Rose et de ses trois amis et par conséquent, la fermeture définitive de la Maison du pêcheur. Cette scène était tournée sur deux nuits et réunissait plusieurs cascadeurs, des techniciens aux effets spéciaux, une dizaine de comédiens, plusieurs policiers et une trentaine de figurants. C’était la première fois que j’utilisais un story-board précis des plans à tourner pour deux caméras. Cette scène d’action importante a pris toute sa force à l’étape du montage, de la sonorisation et de la musique.

    Quelle situation ou personnage vous a donné le plus de fil à retordre à l'écriture?

     Il y a deux personnages principaux dans le film, Bernard Lortie (Mikhail Ahooja) et Paul Rose (Vincent- Guillaume Otis). Le point de vue du film est porté par le personnage de Bernard Lortie. À l’écriture, il fallait donner préséance à ce dernier, mais en tant que leader du groupe, le personnage de Paul agissait comme le moteur du film. Cet équilibre à respecter entre ces deux personnages principaux était pour les trois scénaristes, une difficulté supplémentaire. Il ne fallait que l’on perde le focus sur Bernard, au profit du leader charismatique Paul Rose, plus connu que Bernard Lortie.        

    Qu’est-ce qui a été le plus formateur pour vous dans l'exercice de votre métier de scénariste? Les scripts-éditeurs, la littérature, le cinéma, la lecture de scénarios ou de livres sur la scénarisation ?

    Mon métier est d’abord la réalisation. Mais depuis plusieurs années, j’ai collaboré étroitement avec plusieurs scénaristes, à l’écriture de scénarios. Durant mes 15 années d’assistanat à la réalisation, j’ai lu énormément de scénarios pour en faire le dépouillement. Et comme plusieurs le savent, je vis avec une scénariste que je nomme « l’écrevisse », avec qui je partage des semaines, voire des mois, à discuter des projets sur lesquels nous travaillons ensemble ou séparément. Je lis toutes ses versions et elle fait de même avec mes projets.  De plus, je suis un cinéphile passionné qui voit beaucoup de films, québécois comme étrangers.

    Avez-vous des « exercices » ou « jeux » de créativité que vous faites à certains moments de l'écriture pour ouvrir des pistes ou régler certains problèmes?

    Pour moi, il y a un travail essentiel à faire en tout début de la  préproduction. Ce sont des jours consacrés à la lecture du scénario avec les acteurs(trices).  C’est une démarche cruciale en vue de la rédaction de la version de tournage, et également pour que tous aient le même objectif ; faire le même film. Je fais toujours une lecture avec tous les comédiens principaux. Puis, dans une seconde étape, une lecture plus approfondie avec  les comédiens qui ont une interrelation importante dans le film : un couple, un groupe spécifique, des amis importants, des adversaires, etc. Mon coscénariste Mario Bolduc assistait à toutes ces rencontres, prenait des notes, posait des questions sur la compréhension de la scène ou sur la manière de la rendre plus forte, sans perdre sa crédibilité. Ces lectures apportent beaucoup sur le caractère des personnages, sur la justesse du phrasé et des dialogues, en plus de suggestions pertinentes venant des acteurs(trices) qui enrichissent les scènes.

    Avez-vous le sentiment que la scénarisation est un métier méconnu des spectateurs? Des chroniqueurs? Des critiques?

    Oui, et je trouve ça franchement malheureux. Je trouve pitoyable la méconnaissance de cette profession auprès du public et surtout auprès des critiques, des journalistes et des chroniqueurs. Par contre, tout ce milieu reconnait qu’à la télé, la vedette est l’auteur(e). Mais au cinéma, c’est l’inverse. Le scénariste reste dans l’ombre. Cet état de fait est lamentable. On sous-évalue toujours l’apport créatif déterminant du scénario dans la réalisation d’un film.   

     

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