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Spécial anniversaire
Anecdotes de scénaristes |
par Diane Cailhier, Sylvie Lussier, Marc Grégoire, Stéphanie Larrue et Nicole Bouchard
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Le choc de la réalité J’ai toujours eu le sentiment de pouvoir encore travailler un scénario, même officiellement terminé. Heureusement, le tournage me permet habituellement d’y renoncer définitivement pour entreprendre autre chose. En 2004, le ciel m’a pourtant obligée à refaire une de mes scènes préférées dans Le Survenant. La 58 se passait sur le chenal où les paysans taillaient et transportaient de gros blocs de glace pour réfrigérer leurs aliments jusqu’au prochain hiver. Cette corvée réunissait les familles voisines, qui travaillaient avec des chevaux et des traîneaux sur l’eau gelée. Ce moment d’activité collective me permettait d’exprimer les tensions qu’avait suscitées le Survenant entre les membres de la communauté. Or, le temps particulièrement doux en ce début de mars, avait rendu la glace trop fragile pour assumer le poids des chevaux. Qu’à cela ne tienne, j’ai rédigé en vitesse une scène où les personnages s’adonnaient à la pêche blanche. Il fallait changer les didascalies, mais je conservais le lieu, le déroulement général de la scène et les dialogues.
Quelques jours plus tard, c’est la catastrophe. La scène est à la veille d’être tournée, mais on voit l’eau couler sous la glace et même les humains risquent leur peau en s’y aventurant. Que faire pour rassembler des gens en froid dans un même lieu ! Toujours bien pas un party ! La coupe de bois se faisait aussi en hiver, mais il ne s’agissait pas d’une activité collective. Chaque famille avait son boisé et s’en occupait séparément. Ce lieu était pourtant la seule solution envisageable pour la production. Je dus me résoudre à sacrifier des personnages et une location inspirante en restreignant l’action à trois hommes qui viennent expressément retrouver Didace Beauchemin dans sa forêt pour se plaindre du Survenant. Finis les regards à distance et les subtilités d’approches, finie l’interaction entre les jeunes des différentes familles, finie l’évocation très cinématographique d’une activité hivernale révolue. L’enjeu principal de la scène était respecté, mais... Sniff ! C’est dans ces circonstances pragmatiques qu’on envie les romanciers... Diane Cailhier Pierre et moi écrivions 4 et demi depuis quelques années quand ma sœur en visite chez moi était tombée sur un scénario de la série. Elle l’avait feuilleté et s’était exclamée avec surprise : « Tu écris tous les mots ! » Elle croyait qu’on se contentait d’écrire les intentions des personnages au début de chaque scène et que les comédiens improvisaient les dialogues. Cela m’avait fait réaliser à quel point le travail d’auteur était méconnu. Sylvie Lussier Lorsque nous avons changé le nom de SARDEC à SARTEC, pour Société des auteurs de radio, télévision et cinéma, un journaliste a plutôt écrit que SARTEC voulait dire : Société des Auteurs et RÉALISATEURS de télévision et cinéma. Marc Grégoire |
En 18 ans de carrière en écriture télévisuelle, j’ai été régulièrement confrontée à des questionnements face à mon métier :
Ce sont des questions que j’ai eu la chance d’explorer tout au long de mon métier et de savourer tout ce qui venait avec, le bon, comme le mauvais. C’est un bien beau privilège de pouvoir vivre ces merveilleuses étapes qui m’éveillent de plus en plus à ma vraie nature d’auteure. Quel beau métier ! Stéphanie Larrue Vert, rouge ou drabe ? J’étais alors conseillère pédagogique à la série Passse-Partout II. En tant que responsable des inserts1 je devais à la fois écrire les synopsis et superviser le tournage. Afin d’illustrer la pensée créatrice des enfants concernant le fonctionnement interne de leur corps, j’avais prévu leur faire enfiler un grand sac de papier brun sur lequel un ami peindrait, selon son imagination, ce qui s’y trouve à l’intérieur.
Voilà que, durant le tournage, je m’aperçois qu’un enfant commence à tracer en «brun» une belle grande ligne sur le sac «brun». Oh! Rien de très attrayant pour le petit écran ! J’essaie donc d’intervenir sans me faire directive. Pédagogie oblige ! Je lui dis « Simon, as-tu vu le beau vert ? Oh ! Il y a même du rouge! Ça ne te tente pas ? » Face à tant d’ignorance, le bambin me regarde d’un air découragé et répond : « Mais non, Nicole, je ne peux pas ! – Tu ne peux pas ?- Non, c’est sûr, je fais la colonne verte et drabe !2 ». Ce p’tit bout de cinq ans m’avait fait réaliser encore une fois que, dans une émission pour enfants, la vérité devait passer avant toute préoccupation technique ! Nicole Bouchard
1-Modules où les enfants improvisent selon diverses mises en situations. |
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