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L’âme de Robinson   

par Sylvie Lussier  

Sylvie Lussier
© photo: Anne Kmetyko

Le sujet de cette chronique s’imposait d’emblée. J’allais parler du jugement historique obtenu grâce à la dure bataille menée par Claude Robinson dans la cause de plagiat qui l’opposait à Cinar, Christophe Izard et France Animation entre autres. Le ton s’imposait aussi. Bonheur, triomphe et allégresse. Comment ne pas se réjouir en effet quand la conduite de ceux qui lui ont volé son œuvre est qualifiée par l’honorable juge Auclair d’outrageante, de scandaleuse, d’infâme, d’immorale et j’en passe et des meilleures ?

Toutefois, la décision des accusés d’aller en appel a terni cette joie. Claude n’est malheureusement pas encore au bout de ses peines. Il devra continuer à supporter la multiplication des manœuvres de ses adversaires et le stress énorme qui en découle. À la lecture du jugement Auclair, on réalise le coût humain, plutôt inhumain en fait, que cette affaire impose à Claude. La description des tourments psychologiques dans lesquels la découverte du plagiat l’a plongé, son désarroi, sa dépression. Le contraste flagrant entre le Claude Robinson d’avant, décrit par son entourage comme un homme heureux, créatif, enthousiaste et celui d’après : brisé. Les symptômes physiques, l’impossibilité de créer depuis toutes ces années et même le rejet de sa créativité qu’il blâmait, dans les heures les plus sombres, de l’avoir mené à cette terrible situation.

Le jugement Auclair démontre cependant un fait primordial : la force de l’œuvre de Claude Robinson. Robinson Curiosité était, selon les mots même de Claude, un concept global, une réflexion profonde, un engagement personnel. Le fruit d’années de travail. Tous les aspects de l’œuvre étaient reliés et s’imposaient pratiquement de force aux plagiaires qui s’en sont servis par la suite pour produire Robinson Sucroé. D’où les personnages si semblables tant au niveau psychologique que graphique. Les lieux, les situations, les relations entre les personnages, même leur nom, tous ces éléments ont permis aux experts et au juge d’établir l’impossibilité que le hasard soit seul en cause dans la ressemblance entre les deux projets.

On pourrait croire à de la simple paresse intellectuelle. À l’arrogance de gens qui se croient au-dessus des règles régissant le commun des mortels. Pourquoi se forcer à changer le concept quand on est convaincu d’être inatteignable ? Il y a sans doute un peu de cela. Mais même quand les Charest, Weinberg, Izard essayaient de s’éloigner du concept de départ de Robinson Curiosité, ça ne fonctionnait pas. Un Robinson sans barbe et sans lunettes avait été dessiné. Ça ne passait pas. Le personnage dans lequel Claude s’était tellement investi ne pouvait pas ne pas lui ressembler. Comme si ce Robinson en bande dessinée était animé d’une volonté propre. C’est en fait le cas. Il était animé dans le sens latin du mot ; anima : doué d’un souffle, d’une âme. En lui reconnaissant la paternité de l’œuvre, le juge Auclair a rendu à Claude Robinson son âme. Il en aura bien besoin pour continuer à se battre.


Nouvelles révélations

Claude Robinson mérite notre appui.

C RobinsonPour en savoir plus sur le dossier ou contribuer au Fonds :
www.sartec.qc.ca
Pour consulter la revue de presse :
www.sartec.qc.ca...robinson-presse.pdf
Pour prendre connaissance de la Décision de la Cour Supérieure sous la présidence du juge Claude Auclair, en date du 26 août dernier :
www.sartec.qc.ca/...jugement.pdf

On apprenait récemment que Cinar ne coproduisait pas Robinson Sucroé dans une proportion de 25 % comme elle l’avait toujours maintenu pour avoir droit aux crédits d’impôt mais plutôt à hauteur de 10 %. Cette honnêteté tardive ayant pour but de ne prendre que 10 % de responsabilité dans le montant des éventuels dommages à payer à Claude Robinson. Il s’avère donc que Cinar a obtenu pour la série Robinson Sucroé plus de 450,000 $ de crédits d’impôt auxquels elle n’avait pas droit. J’ai demandé à Louise Pelletier qui est membre de notre conseil d’administration et qui était sur le conseil de Téléfilm Canada en 2001, au moment où Cinar a dû rembourser d’autres sommes frauduleusement obtenues pour d’autres productions, ce qu’elle pensait de ces nouvelles révélations. Sa réponse vous intéressera certainement.

Louise Pelletier :

L Pelletier
Photo©Anne Kmetyko

Personnellement, je suis en beau fusil contre Cinar : ils ont fraudé Téléfilm en leur faisant certifier une production qui n'était pas canadienne, ils ont caché une contre-lettre, ils ont fait une divulgation volontaire à CAVCO (quand a été découverte la fraude des émissions non-canadiennes parce qu'elles avaient des auteurs américains) et n'ont jamais rien dit sur Sucroë. Ils ont, en 2001, négocié un règlement avec Téléfilm sans jamais mentionner le statut véritable de Robinson Sucroë. Ils ont abusé de la bonne foi des employés de Téléfilm qui travaillent fort avec des petits moyens (avec le budget qu'ils ont aux copro, dur de faire la police dans un milieu de requins).

J'étais membre du conseil de Téléfilm en 2001 quand a été négocié le règlement avec Cinar pour qu'ils nous remboursent les sommes investies dans les productions décertifiées pour cause de prête-noms. Je me sens personnellement touchée : les membres du conseil ont entériné un règlement avec Cinar sur la foi de fausses représentations. Cinar nous a menti, trompés, volés : j'en suis personnellement révoltée. Il faut que CAVCO demande des comptes, il faut que les fraudeurs soient pénalisés, que les contribuables soient remboursés.

Si, quand la fraude est découverte, il n'y a aucune pénalité, comment les institutions pourront-elles dorénavant faire appliquer leurs règles ?

Je gagne ma vie comme auteur, je dépends étroitement des mesures de soutien à la production, y compris les crédits d'impôt. Très choquant de penser que l'argent des contribuables canadiens a servi à soutenir des productions françaises ou américaines : déjà qu'il n'y a pas assez pour soutenir le talent d'ici...

 

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