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Reportage  

INTERNET : MENACE OU POSSIBILITÉS ?  

Le 20 avril dernier, plus de 150 personnes ont participé au colloque Internet : menace ou possibilités ? que nous avons organisé de concert avec l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision. Tout au long de cette journée animée par Stéphane Garneau, les 15 conférenciers et panélistes invités ont, tour à tour, commenté, exprimé leur point de vue et répondu aux questions de la salle quant aux risques de piratage des œuvres cinématographiques et télévisuelles et aux solutions possibles et exploré tant les dangers que les voies de l’exploitation offertes par Internet. Les auteurs Carmel Dumas et Marc Roberge présentent ici un compte rendu de la rencontre.

Le marché des puces

par Carmel Dumas

C.Dumas Essayez donc d’arrêter la trajectoire d’une puce ! Vous aurez beau lui offrir une résidence high-tech, sa nature va la ramener tôt ou tard au marché... aux puces ! Pourquoi s’étonner, alors, qu’une œuvre numérisée, convertie en puces, parte tout naturellement en galère dans le cyberespace, échappant complètement à son auteur qui désespère de la protéger des méchants loups ? Le blockbuster qui prend l’affiche aujourd’hui dans un cinéma près de chez vous se vendait hier déjà dans le réseau de piratage qui ceinture la planète. Bien sûr, regarder un long métrage sur un écran d’ordinateur, de télévision ou de téléphone portable ne remplace pas le bonheur de s’engouffrer dans la salle sombre du cinéma pour se laisser envelopper par l’histoire affichée au super écran et par le son diffusé des pores des murs, mais le cinéma baladeur fait image : si les pirates peuvent faire de tels pieds de nez aux puissants distributeurs américains, que réservent-ils aux créateurs indépendants qui s’aventurent sur le marché virtuel des puces ?

Internet, ce bel outil de communication, de recherche et de diffusion offrait dès son apparition un monde fascinant et intrigant à découvrir et à apprivoiser. L’opération séduction a réussi à haute vitesse. Et maintenant que la bête est dans la demeure, le citoyen ordinaire n’a plus le choix. Il faut essayer de la contrôler avant qu’elle ne nous mange la laine sur le dos. Pour l’heure, c’est le Far West, c’est l’Eldorado, c’est la conquête sauvage de nouveaux territoires : squatter, coloniser, revendiquer, tous les moyens sont bons pour planter son drapeau avant qu’une autorité ne s’impose et s’organise.

« Internet : menace ou possibilités ? » Voilà la question à milliers de dollars posée lors du quatrième colloque annuel organisé conjointement par la SARTEC et l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision pour contribuer à une réflexion commune sur les stratégies à adopter pour bien s’intégrer à l’ère numérique. Tout le monde s’entend à dire que les possibilités sont infinies, au risque d’une certaine saturation. La réponse à la question des menaces est plus difficile à circonscrire et se traduit par beaucoup d’inquiétude quant au sort de la principale victime d’Internet : le droit d’auteur. On ne lui savait pas tant d’amis dans le milieu.

De suspicieux défenseurs du droit d’auteur ?

Les producteurs, les distributeurs, les majors coude à coude avec les artistes dans le camp des défenseurs du droit d’auteur ? C’est louche et potentiellement dangereux, jugent plusieurs observateurs, peut-être la menace la plus subtile planant actuellement sur l’avenir des créateurs qui alimentent le contenu de ce contenant monstre, irrévérencieux et irrésistible qu’est devenu Internet.

Alain Brunet, journaliste et titulaire de la chronique cyberculture au quotidien La Presse depuis 1990, est revenu faire le point à trois reprises au cours de cette imposante journée d’information, tentant vaillamment d’ouvrir les ornières : « La vraie game se joue entre les distributeurs qui perdent leur pouvoir, leur contrôle, et les nouveaux réseaux, les télécoms et les câblodistributeurs. De leur côté, les éditeurs aimeraient bien saisir l’occasion pour créer un modèle économique qui ressemble à celui des multinationales (majors). Les sociétés d’ayants droit, d’autre part, vont peut-être s’entredéchirer. »

« Créateurs, unissons-nous, mais contre qui ? » lance Jean Lalonde de la salle. Quels sont les joueurs qui devraient combiner leurs forces ? » Brunet réplique que plusieurs intervenants disant défendre en ce moment les droits des auteurs appartiennent en fait à un lobby dont le seul but est de maintenir une distribution classique. Ce système, Brunet le juge désuet rappelant qu’une majorité d’artisans ne font pas d’argent « même avec le vieux droit d’auteur ». Ce n’est pas d’hier que les contenants récoltent plus d’argent que les contenus. La chaîne industrielle ne prévoit jamais partager les bénéfices avec les créateurs de contenu. Que les multinationales récupèrent la lutte en faveur du droit d’auteur ne lui semble pas simplement louche, mais carrément nocif pour l’image même du droit d’auteur. Le défi, rappelle-t-il, doit être relevé par chaque pays, car « le droit d’auteur ne peut être réglé que par pays ».

Les aspects juridiques

Éric Franchi, avocat, Franchi & Associés
« La base du droit d’auteur depuis qu’il existe a toujours été le droit du créateur ou de l’ayant droit d’autoriser ou d’interdire l’œuvre. C’est un peu ce principe-là qui est battu en brèche ou que l’on aurait tendance éventuellement à remettre en cause avec l’évolution des nouvelles technologies... »

C’est le début d’un temps nouveau aurait pu servir de chanson thème à l’événement, en autant que Stéphane Venne ait accepté d’adapter ses paroles à une vision revue et corrigée de la liberté d’expression. Car le droit d’auteur ne doit pas contrevenir avec les droits fondamentaux. De vieilles mentalités sont devenues pour les modernes une source de frustration évidente. « Il y a une nouvelle fenêtre historique qui s’ouvre, mais qui pourrait se scléroser dans cinq ans, prédit Brunet. Au centre de ces profonds changements, la responsabilité des associations professionnelles est énorme. » Et ces associations ont peur de créer des précédents qu’elles regretteront plus tard. Elles pigent dans leurs ententes existantes et se font vigilantes quant aux nouveaux développements, mais comme le dit Pierre Curzi, président de l’UDA, « le rapport de force n’existe pas vraiment. Il va falloir le créer. »

Pas facile pour autant de s’asseoir et d’obtenir un consensus tandis que le facteur temps joue contre les artisans. « Les majors préféreront reprendre leurs billes et gérer tout eux-mêmes, pense Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ, pour qui « même les pièges à éviter ne sont pas évidents. » L’ADISQ cherche non pas une solution, mais des solutions, élargissant son champ d’intervention, et mettant l’accent sur la sensibilisation. Les retombées financières de la campagne de la Saint-Valentin, par exemple, furent très positives, marquant 30 % d’augmentation dans la vente des œuvres locales. Dans une industrie dominée par quatre multinationales brassant quelque 33 milliards de dollars à l’échelle mondiale pour imposer un nombre limité d’artistes, l’industrie du disque au Québec prospère dans un contexte de production indépendante à 95 %. Ce sont des chiffres qui crient haut et fort que les Québécois vivent dans un contexte culturel et économique distinct, qui permettent de chercher des solutions originales aux problèmes engendrés par Internet.

Les jovialistes

Le chef d’orchestre de l’innovateur programme Silence on court, Michel Coulombe, se présente comme le « jovialiste » de l’assemblée, évoquant l’image d’un prophète dans la foule des nouveaux innocents aux mains pleines ! « Quand on n’a pas d’argent, on n’a rien à perdre ». Et c’est ainsi qu’Internet est arrivé à point nommé dans la vie du court métrage, un monde où le désespoir peut devenir tel que lorsque du côté de Silence on court on annonce à un auteur qu’il aura à signer un contrat pour libérer les droits de diffusion de son œuvre, il arrive que cet auteur réplique : « D’accord, mais combien est-ce que ça va me coûter ? » C’est une candeur ancrée profondément chez les créateurs qui ne souhaitent qu’une chose : que leurs œuvres soient vues, diffusées. Et voilà que le Net utilisé pour les courts permet quelque 200 000 visionnements par année, en plus d’entraîner des maillages intéressants qui décuplent la visibilité.

Coulombe n’est pas aveugle : « Internet ne remplace pas tout. Le but c’est toujours d’amener les gens dans les salles. Nous sommes un objet de délinquance reconnu, mais si agréable qu’on ne peut pas nous en tenir rigueur. »

Nicola Lemay met le bonheur d’être vu grâce au net en contexte. Son parcours de cinéaste d’animation indépendant a été transformé par le WEB et la numérisation de ses œuvres grâce au logiciel flash. Avec Le mangeur d’étoiles, lancé sur le Web en 1999, il a connu un succès de distribution qui a fait école. « Tous les sites à l’époque offraient des contrats non exclusifs et payaient soit un montant forfaitaire, soit au clic ou par abonnement. La syndication a commencé à paraître. C’était bien excitant pour les indépendants et pour la liberté d’expression. On voyait venir enfin un moyen de contourner les distributions standards pour se faire connaître et même pour gagner sa vie. Ça ne m’a pas servi beaucoup financièrement, mais comme vitrine ce fut fabuleux. Cependant, plus on monte, plus on devient professionnel, moins le WEB est intéressant, moins il s’avère stimulant. Je ne connais plus personne de notre entourage qui gagne sa vie uniquement sur le WEB, constate le cinéaste repêché par l’ONF. Avec la chute de NASDAQ, tout le monde en convient, « la baloune a pété ». La vitrine est toujours là, mais pour l’argent, c’est difficile.

Où est l’argent, Charlie ?

Nous étions nombreux au colloque à taire notre incalculable ignorance, mais de temps immémoriaux tout le monde saisit vite l’importance de percer cette énigme : où se trouve l’argent, comment puis-je mettre le grappin sur ma part du gâteau ? Eh ben, le WEB souhaite bonne chance à tous !

L’Internet se répand comme un cancer, mais génère peu de nouvelles sources de revenus importants. Serge Corriveau s’est fait les dents au sein de la GRC avant de devenir vice-président et directeur national du programme d’antipiratage de l’Association canadienne des distributeurs de films répondant à la Motion Picture Association of America, longtemps menée de main de fer par Jack Valenti. Monsieur Corriveau, qui combat quotidiennement le piratage de longs métrages, en pleure : « C’est le plus grand centre commercial mondial de la contrefaçon. » Armés de leurs caméscopes, les pirates raffinent leurs techniques avec une rapidité qui déjoue la contre-attaque. C’est le Waterloo des distributeurs et des propriétaires de salles. Peut-être. Car entre la fraude organisée qui dessert les marchés aux puces et les points de vente de vidéos aux confins de la planète et le partage, même illégal, entre internautes, il existe des différences fondamentales et énormes.

Un film sur dix fait ses frais en salle, déplorent les distributeurs qui placent le débat dans un contexte de criminalité où les méchants doivent être poursuivis et punis. Cette attitude est loin de faire l’unanimité, et pas juste parce que les intérêts du cinéma américain ont rarement joué en faveur des auteurs indépendants de la francophonie. « La motivation des pirates n’est pas nécessairement pécuniaire, rappelle Alain Brunet. Il faut distinguer le partage illégal entre internautes et la distribution pirate par des groupes organisés. C’est une erreur que de lier les deux. Ça crée une vaste confusion. »

Claudette Fortin, sommité en la matière, baisse les bras : « Ce n’est pas une question de gestion des œuvres. Le problème avec Internet, c’est que nous n’avons pas de payeur. »

Modèles économiques

Nicola Lemay, cinéaste d’animation
« Après le NASDAQ, c’était fini. Ce qui était l’Eldorado est devenu simplement une vitrine pour se faire connaître. »

Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale, ADISQ
« Il y a un intérêt réel à convaincre les organismes de financement que (DVD vidéo musicaux) c’est vraiment un marché qui est naissant et que pour une fois on doit être prospectif...»

Lucie Lalumière, directrice générale, Nouveaux médias, Radio-Canada
« Bell et Rodgers ont récemment fait leur annonce de télévision sur cellulaire. Dans mon livre à moi, c’est de la télédiffusion. Le CRTC a pris une décision de ne pas réglementer l’Internet. Mais là, il y a un développement majeur qui se fait et va se faire dans un environnement qui ne sera pas réglementé. »

Patrick Roy, vice-président principal, Alliance Atlantis Vivafilm
« Je ne crois pas qu’Internet sera éventuellement pour notre industrie une nouvelle source de richesse. Je pense que ça va être surtout une redistribution des argents qu’on a actuellement dans le milieu. »

Alain Brunet, journaliste Cyberculture La Presse
« Permettons-nous d’affirmer qu’un système de rétribution mettant à contribution toute la chaîne de la nouvelle économie sera plus profitable aux créateurs que le droit d’auteur dans le monde actuel. »

Ré Jean Séguin, directeur général, Association des propriétaires de cinémas et cinéparcs du Québec
« Pour les propriétaires de salles, c’est à la fois une menace et des possibilités. »

Les affaires ne sont plus les affaires comme nous nous y étions faits. Dans la tête des petits vieux de la salle accrochés à ses lèvres, Alain Brunet, tout aussi vieux, mais rajeuni par des yeux lumineux de born again s’évertuait à implanter l’idée qu’il est urgent de faire la distinction entre achat et accès. « Qu’allons-nous faire avec l’accessibilité illimitée ? Allons-nous l’accepter, et quand ? » Il ne l’a pas dit, mais on l’a entendu : « Vieux buckés, vous êtes complètement à côté de la track ».

Clash de générations

Éric Franchi, docteur en droit d’auteur, avocat aux barreaux de Paris et du Québec, a réfléchi au conflit de générations inhérent aux problèmes soulevés par Internet : « Il y a des milliers et des milliers de poursuites contre les internautes, contre des individus, contre des particuliers, engagées par des gens qui ne sont pas de la même génération que les gens poursuivis. Je me demande s’il est économiquement sain de poursuivre son public, son marché, plutôt que de chercher une solution qui augmenterait l’offre? »

Le tableau économique brossé lors de ce colloque est apocalyptique. Le monde des créateurs, et plus particulièrement celui des créateurs intellectuels, s’y trouve plongé dans une révolution qui sabre dans ses croyances et pratiques d’une manière aussi irrévocable que la révolution industrielle et technologique a cassé au siècle dernier le fonctionnement traditionnel du monde ouvrier.

Les 25 ans et plus ont encore le réflexe de payer pour un contenu. Ils acceptent, périodiquement, de payer 99 sous pour repiquer une chanson dans la discothèque céleste. Mais le nouveau public, celui qui représente les grands utilisateurs d’Internet, est issu d’une tout autre école. À cette école, la curiosité intellectuelle a évolué plus au contact de jeux vidéo qu’à l’écoute d’émissions jeunesse.

Intéressant détour dans le débat du jour, d’ailleurs, lorsque certains intervenants se sont mis à pointer directement du doigt les éducateurs dans les écoles, lesquels sont les premiers, aux dires notamment de Solange Drouin, à réclamer des exemptions pour contourner les droits d’auteur. L’importance de sensibiliser les jeunes adeptes du copier/coller aux conséquences du piratage est trop souvent oubliée. Et pourtant, ces droits vont retourner aux jeunes. Il faut installer le débat sur la voie de l’avenir et le Québec est un pays où il est pensable d’y arriver. La culture étant financée par nos taxes, les internautes sont en droit de réclamer l’accès gratuit au contenu.

Ici et ailleurs, un état des lieux

Alain Brunet, journaliste Cyberculture La Presse
« Redevances sur la copie privée, partage des revenus avec les fournisseurs d’accès et de services Internet, cote de circulation déterminant la valeur économique d’un contenu sur Internet, voilà autant de pistes qui pourraient un jour profiter aux créateurs. »

Serge Corriveau, division des enquêtes – Association canadienne des distributeurs de films
« Entre le 1er janvier 2003 et 1er janvier 2005, 178 titres ont été copiés dans 106 cinémas différents. Le Canada se situe au 2e rang mondial, responsable du piratage par caméscope après étude. »

Au voleur !

Allons-nous arriver à sécuriser Internet ? Non. C’est la rencontre avec une réalité de troisième type que Brunet s’était visiblement donné comme mission de provoquer, afin de servir à froid ou à chaud (c’est selon) l’idée d’un droit d’auteur à géométrie variable. Car enfin, pourquoi s’acharner à nier l’apparition d’une autre planète accessible à tous dans le cyberespace, invitante pour quiconque s’y aventure, s’y installe, y prend ses aises ? L’erreur serait de chercher une solution dans la pénalisation. Selon Alain Brunet, les lois à ce chapitre sont complètement dépassées, reflétant un vieux monde qui traîne sur le parvis du XXe siècle, incapable de mettre le pied dans le XXIe siècle. Brunet est catégorique : les traités votés en 1996 par des intellectuels sont dépassés. Les nombreuses poursuites ne régleront rien. Crier au voleur pour une chanson repiquée sur Internet ne fait qu’envenimer la situation. Le cœur visiblement serré, monsieur Corriveau concède qu’il est difficile de < compétitionner > avec gratuit ».

Les chercheurs de solutions penchent vers une distribution honnête, plus facile. Donner un logiciel et vendre des services, par exemple. Mais. Mais. Mais.

Aux frontières de la distribution et de la numérisation

L’époque est transitoire. Ceux qui s’acharnent à vouloir « mettre des feux de circulation dans la galaxie » se battent contre des forces impossibles à cerner. Le long métrage est plus touché que le livre, qui pour l’heure échappe à la mentalité même du Web, l’ordinateur se transportant mal là où même la reine va seule. Pour Pierre Curzi., président de l’Union des artistes, l’ennemi numéro 1 a pour nom numérisation. Jusqu’à ce qu’une œuvre soit numérisée, Internet reste un moyen d’utilisation, de diffusion, de distribution. Une fois numérisée, impossible de répertorier sa route. Le temps d’utilisation d’une œuvre n’est plus un critère fiable. La multiplication incroyable des moyens d’utilisation d’une œuvre est effarante : « Du point de vue syndical on se demande où est le profit ? Légalement, nous sommes mal outillés pour aller négocier avec une entreprise qui est synergisée. »

Marc Grégoire, notre président à la SARTEC, abonde dans le même sens. Internet, c’est, pour un auteur, le rêve de diffusion ultime, en plus d’être un outil de recherche et de communication inestimable. « Si l’on regarde les avancées technologiques, elles ont toujours permis d’aller chercher un public plus large. Mais comment en vivre, comment s’assurer que les auteurs fassent de l’argent grâce à cette nouvelle accessibilité de leurs œuvres ? » La SARTEC vit la période de transition avec une ouverture d’esprit qui permet d’explorer, d’aller chercher des informations et de tester de nouveaux modèles d’ententes : « On a des ententes de courte durée, qui ne sont pas renouvelables automatiquement. » Ces mesures permettent de rester dans la course en attendant de trouver des réponses plus concluantes aux grandes questions : « Comment les auteurs seront-ils payés, qui va voir à ça, dans quel pays seront signées les conventions internationales, et ainsi de suite. « Qu’importe la forme des supports, des logiciels, insiste Grégoire, la création va toujours demeurer. Il faut donc nécessairement trouver un cadre économique rentable pour rémunérer les auteurs, les artistes, les artisans. »

André Lauzon, producteur chez Zone 3, avoue s’ouvrir à une pensée différente depuis qu’il voit le piratage comme un petit problème en comparaison au grand défi que représente la transformation des réseaux de distribution dans un contexte où la culture est financée par les payeurs de taxes. Il est normal, pour lui, que le contenu soit donné aux internautes. Le problème est ailleurs. « Actuellement, rappelle-t-il, tous les contenus de télévision sont gérés par le CRTC. Les autres, non. Il faut analyser la menace réelle pour l’industrie d’ici, pas pour les Américains. S’il y a un endroit en Amérique du Nord où on peut s’unir, c’est ici. Notre industrie doit se montrer flexible et inventive, c’est la voie de l’avenir. »

Malgré l’ampleur des chambardements, Éric Franchi, stipule que le droit d’auteur n’est pas complètement inefficace et qu’il faut regarder là où tout a commencé : la solution au problème technologique causé par Internet doit être techno aussi.

Qu’est-ce que c’est qu’Internet par rapport à une œuvre, demande Franchi ? Tout bonnement un système de transmission que le système légal a d’abord perçu et considéré comme un système de télécommunication. « On peut dire que nous, membres du public, consommateurs de culture, sommes en même temps tous des auteurs et des ayants droit de produits et d’œuvres culturels en étant aussi des diffuseurs de ces contenus-là. » Son argumentation démontre que dans un système de libre accès de réseau universel, le droit exclusif et les demandes de libération de droits au cas par cas ne sont plus réalistes.

La Loi canadienne du droit d’auteur date de 1924. Elle a été amendée au cours des ans, plus particulièrement depuis 1978, les plus grandes réformes étant la protection des programmes informatiques et l’octroi de redevances sur les supports vierges. En cette période transitoire où les spécialistes cherchent à combler un vide juridique évident, « le Canada, nous dit Maître Franchi, ne pourrait agir seul en allant dans un sens inverse des différentes autres lois des pays industrialisés. » Un certain nombre de modifications aux lois fédérales ont déjà été déposées. « Très clairement, elles s’inscrivent pour lutter contre la contrefaçon sur Internet, pour lutter contre la dissémination des œuvres. Ce sont des solutions transitoires qu’on envisage aujourd’hui pour nous aider à passer à d’autres solutions à plus long terme. »

L’Internet, les créateurs et l’industrie

Marc Grégoire, président de la SARTEC
« Qu’importe la forme des supports, des logiciels, la création va toujours demeurer. Il faut donc nécessairement trouver un cadre économique rentable pour rémunérer les auteurs, les artistes, les artisans. »

Pierre Curzi, président de l’UDA
« Comment peut-on repartager équitablement les profits considérables et même gigantesques de l’économie culturelle pour que les ayants droit continuent à créer ? Donc, à alimenter le monstre. »

André Lauzon, producteur Zone3
« Les modèles d’affaires d’hier ne pourront pas s’appliquer à ceux de demain. Il faut être inventif. [...] Le jeune aujourd’hui est multiplateforme et dans 5 ans, il va l’être encore plus. »

Laurie Jones, directrice générale Communications et Développement des réseaux, ONF
« L’ère numérique nous donne vraiment des moyens qu’on n’avait pas avant. »

Michel Coulombe, programmateur Silence on court !
« Moi, je défends le secteur du court métrage qui, comme d’autres secteurs de l’activité culturelle, n’a rien à perdre. C’est comme ça qu’Internet est arrivé dans la vie du court métrage, comme une possibilité. »

Directrice générale des communications et développement des réseaux à l’ONF, Laurie Jones se réjouit : l’ère numérique a donné à l’Office des moyens de distribution révolutionnaires qui correspond parfaitement à la philosophie d’accessibilité adoptée dès les années pionnières et le SGEDA, système de gestion électronique des droits d’auteur, permet de suivre avec précision la vie des œuvres diffusées en transit sur Internet (impossible de les télécharger) ou présentées à la Robothèque où 7 700 films sont stockés sur disque laser.

Quand on sait d’où l’on vient, il est plus facile de savoir où l’on va, n’est-ce pas ?

   

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