| LE SYNDROME DE LIMPOSTEUR |
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par Sylvie Lussier
Sauf un fichu mal de ventre. La crampe. Le trac. Je suis forcée de me colleter avec le mal secret qui me ronge depuis des années : le syndrome de limposteur. Et oui, je nai pas le choix, je dois lavouer : je narrive pas à admettre que je suis un auteur. Doù le sentiment dimposture, doù la difficulté de vous parler de mon vécu. Croyez-moi, jai tout fait pour me guérir. Je suis même allée jusquà devenir membre du C.A. de la SARTEC. Je me disais quen appartenant à ce prestigieux cénacle, je ne pouvais faire autrement que de devenir un auteur à part entière. Raté. Membre du C.A. nétant pas suffisant pour me convaincre, jai accepté le poste de trésorière et suis devenue par le fait même membre du cercle très fermé du comité exécutif. Encore plus raté. Ceux qui ont assisté à lAssemblée générale de novembre ont pu être les témoins privilégiés dun exercice de haute voltige : Sylvie Lussier expliquant des états financiers. Si vous connaissiez le chaos dans lequel baigne mes finances personnelles, vous comprendriez à quel point limposture était grande. Ne connaissant rien des doutes qui me rongent, lINIS me demande de faire partie du conseil pédagogique en télévision et de participer à lenseignement. Je plonge. Si je réussis à enseigner comment devenir un auteur, cest que je suis un auteur. Non ? Pas concluant. Tout ce que lexpérience me révèle cest que je ne suis pas un prof. Quest-ce que je dois donc faire pour me débarrasser de ce complexe stupide ? De limage romanesque et totalement dépassée que je me fais de lAuteur avec un grand A ? Tourmenté, solitaire, profond, portant autour de lui laura puissante et douloureuse de son uvre en devenir. Rien à faire. Je ne pourrai jamais coller à ce modèle. Je ne crée pas dans la douleur. Jécris dans la lumière et le plaisir. Jécris dans un grenier jaune soleil entre deux chats qui ronronnent, trois enfants qui bourdonnent, lodeur de la soupe qui mijote à la cuisine. Jécris dans la chaleur de la complicité qui me lie à mon partenaire. Donc pas de douleur, pas de solitude, pas de tourment. Aucun des prérequis essentiels à mon esprit conformiste pour me coiffer du titre dAuteur avec un grand A. Mais attention. Quon ne sy trompe pas. Mes doutes sarrêtent au moment où quelquun tente de limiter ma liberté de création. Simagine savoir mieux que moi ce que je devrais écrire. Pense pouvoir se mettre aux gouvernes des univers que je crée pour les emmener dériver dans un cosmos qui mest étranger. À ce moment-là, je revendique toutes griffes dehors mon statut dauteur. C'est-à-dire selon le Petit Robert " Celui qui est à lorigine dune chose ". Je suis, avec Pierre, à lorigine de toutes les émissions et du seul film que nous avons écrits. À bien y penser, même si je nai pas le profil de lemploi, je suis un auteur. Un auteur avec un petit a. Aurais-je enfin guéri mon syndrome de limposteur ? Je ne sais pas. Le doute massaillira probablement encore mais en attendant, merci Manon. Finalement, cet article, cétait une fichue bonne idée ! photo: Michel Dubreuil |